gruyeresuisse

03/07/2014

Sophie Alfonso à contre-oubli

 

 

 

Alphonso.jpgSophie Alfonso : TMProject, Genève.

 

 

 

Si dans les collages de Sophie Alfonso la nuit palpite parfois d’étincelles, les dieux et les hommes sont voilés comme des tambours. Ce sont des lépreux qui trainent armes et crécelles dans un théâtre où persiste malgré tout la tendresse là où  un visage d’enfant songe. Sans son silence où tout mot deviendrait bulle et la douleur se fait nulle. L’artiste fait croitre qu’un tel ange est irremplaçable même si dans d’autres images l’histoire des hommes est vue par des yeux plus désespérés. Des obus chargés à dos d’hommes portent la mort telle une maîtresse brune qui repousse tout amour. Néanmoins dans une telle œuvre rien n’est forclos. Le dessin par sa technique et sa facture casse les effets  de l’horreur, il évite que nous butions sur le paraître et fait refuser les Maîtres vus parfois dans la puissance d’une contre-plongée.

Alfonso 3.jpg

 

La jeune créatrice ouvre le réel, le pousse dans une immensité céleste. Reste   l’étrange qui arrache le quotidien de sa nasse. Contre le jeu sans pitié des hommes l’œuvre  impose à tous les médusés de diableries une poésie  d’émoi. Une comète enfonce Jupiter sur un fond de bleu, des rêveries apparaissent : une fillette éblouissamment belle n’a pas besoin de prendre des poses. Son simple regard suffit. Elle crée un salutaire malaise face aux malentendus et aux mensonges des Ubu et de ceux qu’ils abusent. Tout reste néanmoins ambivalent en une telle œuvre. Elle échappe donc aux niaiseries. Rêvant Lorca, reniflant les Alphonso 2.jpgorages sa créatrice redresse la torsion des tripes. Une lune arbore sa blondeur ; tout ce qui surgit à sa lumière dérange. Mais il ne convient plus de laisser à la noirceur son emprise : soudain Eros devient simple autant que clair le jour.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Commentaires

"les dieux et les hommes sont voilés comme des tambours." (0_0)

http://youtu.be/7xtrcFNk2Zw

(Je passais par ici pour me détendre;-) C'est réussi, merci!

Écrit par : Ambre | 04/07/2014

À Ambre,
Si "les dieux et les hommes sont voilés comme des tambours." vous détendent. Attention que la peau des tambours ne se détende, elle aussi.
Personnellement, pour me détendre j'ai pondu un pastiche de l'oeuvre ci-dessus. (Il n'y à rien de mieux que le pastiche!... Même avant l'heure de l'apéro.)

DANS UN THÉÂTRE OÙ PERSISTE MALGRÉ TOUT LA TENDRESSE
ou
L'HOMME RAISONNE COMME UN TAMBOUR.

(Poème de Jean-Paul Gavard-Perret adapté par un persifleur)

Dans un silence où tout mot deviendrait bulle,
Sur un fond de bleu ou la douleur se fait nulle,
Une lune arbore sa blondeur et sa lumière dérange.
Un visage d’enfant songe à l’irremplaçable ange
Et au réel qui s’ouvre dans l’immensité céleste.
Une comète enfonce Jupiter. Présage funeste.

Dans la nuit qui parfois palpite d’étincelles.
Quelques lépreux traînent armes et crécelles.
Le son voilé des grands tambours résonnent
Se croyant des dieux, les hommes déraisonnent :
Chargés d’obus, portant la mort telle une prêtresse.
Qui repousserait tout amour, la brune maîtresse.

Pour elle, son simple regard aurait suffit
Reniflant les orages, Eros se serait enfuit.
Contre le jeu sans pitié des hommes en crise
Ne pas laisser à la noirceur, l’emprise.
À tous les médusés de diableries et d’effrois
Cette noirceur n’offre qu’une poésie d’émoi.

Incapable de redresser ni la torsion des tripes
Ni l’histoire des hommes pris en grippe.
Par les Ubu et tous ceux qui les abusent
Qui ne sont que mensonges et s’en amusent.
Alors, afin d’échapper aux niaiseries tenaces
L’étrange arrache le quotidien de sa nasse.

Et soudain Eros, ainsi que toujours,
Devient simple autant que clair le jour.

Écrit par : Père Siffleur | 05/07/2014

En fait c'est le "tambour... voilé" qui m'a fait sourire et laissé perplexe.

La prose poétique de J.P. G-P inspire le poète qui sourd en vous Prsflr!
Magnifique.

C'est étrange, votre "L'HOMME RAISONNE COMME UN TAMBOUR" pourrait être une épitaphe. Celle-ci, de mon mari, est gravée sur une plaque (cadeau de ses amis) sur sa tombe, (elle va peut-être choquer mais ce serait long de m'étendre sur le contexte) :

LES HOMMES SONT DES INFIRMES QUI FRAPPENT SUR DES TAMBOURS POUR SE DONNER L'ILLUSION DE MARCHER.

Bon week-end à vous et notre hôte et, hauts les cœurs!

Écrit par : Ambre | 05/07/2014

sans tambour ni fraiseuse sonnez sonnez trompettes de la renommée pour JPGP , ambré , sifflé mais inimitable regardeur du monde artistique et marcheur infatigable .

Écrit par : Villeneuve | 05/07/2014

Les commentaires sont fermés.