gruyeresuisse

30/06/2014

Les hauts-fonds d’Agnès Ferla

 

 

 

 

Ferla 2.jpgLa méthode d’Agnès Ferla est empirique. Elle peut se le permettre car elle a derrière elle malgré son jeune âge  un important background. Choisissant le support-matière qui lui convient à un instant donné elle se met au travail « à l’instinct » mais sans cesser de questionner le travail sitôt commencé barrant à vue dans le feu de l’action.  Elle exerce son regard à se modifier à tout instant pour s’aligner sur ce qui est fait. L’artiste reste adepte de la vitesse afin que le geste vole  sans s’alourdir du conditionnement culturel qui peut exercer sur lui comme l’action d’un aimant. La créatrice se jette à l’eau comme une nageuse qui une fois dans le bain avisera. L’imprévu, le désordre, le contretemps peuvent donc être des facteurs du travail le but n’étant pas d’obtenir une image conçue par avance mais d’obtenir une image qui emporte vers des terres inconnues.

 

 

 

Ferla portrait.jpgAgnès Ferla attrape les formes par surprise. Mais le travail commencé à l’instinct se double d’un second temps.  Vient ensuite le temps de la réflexion du jugement et au besoin de la destruction. Si une œuvre réalisée ne lance pas à nouveau l’esprit et l’émotion de l’artiste en mouvement la Lausannoise l’élimine sachant néanmoins faire preuve de patience dans cette seconde phase de son travail - l’esprit critique n’est pas toujours aussi perspicace qu’il n’y paraît un jour précis. C’est pourquoi il est parfois urgent d’attendre. Reste que les œuvres conservées fascinent.  Elles sont choisies sans auto- condescendance. Les toiles « autorisées » par Agnès Ferla sont toutes ouvertes à diverses champs et sont donc susceptibles d’être développées par le regard de celle ou celui qui s’y attache. S’y révèlent des turbulences de bien des profondeurs.

 

 


 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Agnès Ferla : œuvre dans le cadre de la Triennale d’Art du Valais 2014, le Manoir de la Ville de Martigny, juillet-aout 2014.

 

 

 

Une femme douce : Barbara Schaubacher

 

 

 

Schaubacher 2.pngPour Barbara Schaubacher l’amour est sans « merci ». L’artiste en suit le mouvement dans ses images fixes ou mouvante : « Elle est couchée, éteinte / Le désir mal aimé de l’homme / se dresse / léger comme un rayon de lune » (Hugo Claus).  Elle a besoin d'établir un dialogue avec ce qu’elle peint ou filme même s'il s'agit d'une idée. Surtout une idée de l’amour et sa mécanique des solides par laquelle s’interpénètrent des êtres qui cherchent la fusion des chairs avec l’âme même s’ils demeurent plombés  dans la solitude du désir. Mais qu’importe. C'est comme ça que se tisse la dynamique particulière des images. Cela pourrait conduire à une certaine incohérence : d’où les vagues de  formes obliques dispersées dans les travaux de l’artiste. Demeure néanmoins  toujours une symétrie entre désordre, chaos, pathétique, douleur, plaisir.

 

 

 

Schaubacher.jpgL’amour fait du film phare de Barbara Schaubacher « Art, érotisme et nature » un long poème syncopé, hachuré, nourri d’échos et de traversées en forme d’empreintes et de traces sur les visages qui deviennent des partitions musicales où ne demeure que l’isolant du désir lorsqu’il est en acmé. Même dans l’abstraction il s’agit des corps. Ils se livrent pudiquement au plaisir du regard comme de la caresse. Ils restent ouverts à toutes les lectures, les captures et à toutes les interprétations. La langue plastique devient la plus juste pour dire l’intime et ses mystères chez une artiste qui s’est recluse avec le temps.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret


 

De Barbara Schaubacher : „Art, érotisme et nature“ (film)

 

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29/06/2014

Fabrice Gygi, le fou civil

 

 

 

 

GYGI.jpgFabrice Gygi, « De la vacance aux Communes-Réunies », Manoir de la Ville de Martigny, juillet-aout 2014.

 

 

 

Gygi reste un artiste majeur. Rappelons qu’il représenta la Suisse  aux Biennales du Caire (1996), de Sao Paulo (2002) et de Venise (2009). Son travail de sculpture et d'installation (logos, estrades, gradins, tentes, paravents, airbags, grilles, mines, structures antiémeutes, local de vote, salle de conférence, etc.) crée une critique parfois drôle et toujours pertinente du monde contemporain. La théorie esthétique passe par la pratique. Plutôt que de mettre en exergue de manière ostentatoire le fruit des terreurs liées à la peur de l’autre, l’angoisse de la dislocation, de la dissolution, du démembrement l’artiste devient au besoin un farceur astucieux, un scrutateur impénitent, un facteur de troubles. Par ses divers types d’images son travail reste une philosophie en acte capable d’incarner les impostures politiques pour nous effrayer ou en rire plutôt que de nous inviter à s’en contenter et s’y complaire. Détracteur d’habitudes, provocateur moqueur et partageur l’artiste poursuit une révolte humble mais têtue.  Ses recherches hybrides vont s’élargissant par cercles concentriques afin d’atteindre leur but. Face à la déshumanisation Gygi reste le faux candide dont l’âge de raison confirme son statut de fou civil. L’œuvre se façonne dans la révolte. Elle ne néglige rien pour mettre à nu ce qui fait basculer le monde dans un vide que l’artiste en son acuité perçoit. L’essentiel reste pour lui d’aller toujours plus loin dans la perception, dans la restructuration de l’espace, dans la découverte de ses lois pour les transgresser.  L’œuvre inlassablement se transforme en un étrange et bouleversant poème. Planté dans le sol, suspendu de l’espace ou faisant d’une salle d’exposition une forêt de signes de telles métamorphoses signalent la fin d’une histoire et le commencement d’une autre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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