gruyeresuisse

23/06/2014

Mark Handforth : vu du fleuve ou la pensée incarnée

 

 

 

 

 

HANDForth black bird.jpgMark Handforth, galerie Eva Presenhuber, Zurich.

 

 

 

Plus qu’un autre Mark Handforth répond  à la définition de G. Pennone dans son livre « La structure du temps »  « pour sculpter, il faut être fleuve ». A travers les matériaux du monde physique  l’artiste puise et crée une poésie de l’espace qui n’est pas une simple effusion vitaliste. Elle pose sans relâche les questions du déploiement des formes comme de leur éclosion.  Par répercussion le regardeur bascule sur une autre  question: comment l’œuvre nous touche-t-elle ? Certes nous n’en savons rien car Handforth ne résout pas de cette question. Mais il fait mieux : il déplace nos points de vue en inventant de nouveaux rapports, de nouveaux contacts. Et surtout en incarnant des spéculations essentielles.

 

Handforth 2.jpgEntre porte-manteaux géants et tubes de néons l’artiste - qui doit une grande part de sa renommée à Eva Presenhuber - met à nu l’objet de la pensée. Cela s’appelle crâne, vanité, humanité réduite parfois à sa coquille ou un contour. La sculpture devient signe, objet mais surtout un espace qui inquiète et dérange. Aire ouverte au sein même de sa matière  dont le minimalisme s’ose au lyrisme.  Le sculpteur produit en conséquence des « états naissants » même lorsqu’ils semblent à bout de vie. Physiquement ses œuvres affirment l’ « inséparation » avec le lieu où elles se dressent, qu’elles enveloppent ou s’en nourrissent.  Une dynamique intrinsèque à la création est toujours visible : celle de l’organique et du géométrique subtilement renoués. La sculpture sous ses multiples formes devient donc un fleuve en pleine activité. Il charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements, ses chocs, ses violences. Chacune des œuvres de Handforth revient à extraire de ce fleuve une pièce dont l’existence est fluide.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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