gruyeresuisse

18/06/2014

Aître de l’être : Manuel Müller

 

 

 

Mueller.gifManuel Müller, Dubner Modern, Art Basel et bien sûr Lausanne.

 

 

 

La sculpture de Manuel Müller entraîne une expérience du visible que la plupart des travaux de ses confrères sont inaptes à saisir et à embrasser. Des formes à la fois primitives et contemporaines, exotiques mais tout autant  de proximité ramènent d’où nous sommes issus (mais en sommes-nous vraiment sortis? ) afin  que la boucle soit bouclée et que nous comprenions enfin de ce qu’il en est de nos limbes. Müller prend le sentier disparu pour remonter au lieu de la scène primitive de la première nuit sexuelle. Emprunter ce chemin c’est prendre la part du risque mais retrouver une progression dans l’inévidence du matériau encore informe. C’est aussi affronter le trou béant de la mère et la loi du père, les parcourir, les sonder, en écarter les broussailles tout en ne restant pas de « bois ».

 

 

 

Muller atelier.jpgLa sculpture devient le lieu pour perdre l’espace mais retrouver au Nord  son pôle magnétique afin non de le réfuter mais que le fils « père-turbé » devienne géniteur à son tour. C’est pourquoi et sous diverses métaphores (même totémiques) le sexe féminin reste  l’image-mère de l’œuvre. Celle d’où tout part et où tout revient. Elle devient aussi l’objet sculptural pour une autre raison essentielle et  organique : notre cerveau  est incapable d’en imaginer la spatialité et la véritable profondeur. La sculpture reste la procédure d’appel la plus appropriée pour rendre compte visuellement d’un tel développement et d’un tel renversement d’inaccessibles coordonnées spatiales. Primitives et sourdes mais tout autant futuriste et hurlantes les sculptures non seulement renversent le monde de l’être : elles en remontent l’histoire aussi impossible que toujours inachevée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:18 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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