gruyeresuisse

17/06/2014

Le monde fascinant d’Yves Netzhammer

 

 

 

Netzammer 2.jpgYves Netzhammer (né en 1970 à Schaffhouse) crée des installations d’une rare qualité. Elles sont l’inverse du « bricol-bat » si fréquent dans ce genre d’exhibition. A Berne il a créé « Subjectivation de la répétition projet B ». Il s’agit d’un habitacle de forme triangulaire aux murs extérieurs sans décor (à l’inverse du projet A). A l’intérieur un monde d’images et de miroirs envahit et pulse le lieu. Il semble prêt à imploser. En un des angles veille un arbre en bois : ses feuilles gisent au sol. Des vidéos diffusent des images de violence mais en d’autres projections humains, animaux, plantes se confondent. La réflexion dans les miroirs duplique les projections mais aussi le spectateur. Son image se trouve en concomitance avec les images afin de créer une nouvelle version de ce qui passionne le créateur : les relations qui régissent les êtres et les choses comme la critique du monde tel qu’on a l’habitude de le lire dans « nos » images. La métamorphose reste constante en un travail de réaction aux idées reçues et aux images qui les diffusent.

Netzammer.jpg

 

A la limite des êtres et des choses dans chacun de ses registres (dessins,  installations, vidéo) Netzhammer offre une séduction qui fait néanmoins se demander au spectateur ce qui se cache derrière… Toutefois l’artiste ne propose pas - pour paraphraser Cronenberg - une « dangereuse méthode » à portée psychologique. Il se contente de mettre en scène de petites pièces faciles  mais dont l’ensemble est complexe tant s’y multiplient de  minis narrations dont le spectateur peut devenir acteur- miroir.  Si bien qu’il ne parvient pas à distinguer la part de fascination de celle d’un sentiment inverse que peut procurer la  présence (extra)ordinaire de son propre alter ego…

 


Netzammer 4.jpgLe créateur tend continuellement des pièges. Ils conjuguent l’élan de l'existence et celui de l'art en une compénétration organique et mentale. Atmosphères, effluves signent la folie d’un art où il faut parfois sacrifier les détails à la vue de l'ensemble. Le voyeur tel un enfant cherche à comprendre. Il sait par les contes que la promise est vierge au soir des noces, qu'elle monte telle quelle dans le lit et que la nuit son époux prend sa fleur. L'enfant voudrait comprendre à travers l’œuvre de Netzhammer quelle est cette fleur. Et pourquoi quand on la cueille à la vierge pleure de sang. Le regardeur contemple donc les images. Et il saisit soudain que si les épines de la rose ensanglantent, la rose elle-même saigne quand on la coupe.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

D’Yves Netzhammer (et Barbara Ellmerer) : « Uber Krafte », Merve Verlag, Berlin.

 

 

 

13:34 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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