gruyeresuisse

10/06/2014

Isabelle Schiper : états (incertains) du monde

 

Schiper.jpgIsabelle Schiper, « restons groupés », du 13 juin au 16 septembre, galerie Kissthedesign, Lausanne.

 

La galerie Kissthedesign expose l’œuvre d’Isabelle Schiper pour la troisième fois. « Restons groupés » regroupe ses derniers dessins inédits ainsi qu’une sélection de ceux publiés dans « The Drawer vol. 6 » aux Presses du réel (2014). Les œuvres puisent dans le quotidien mais le supasse de manière critique par la richesse d’un imaginaire qui s’éloigne du calque pour en retenir ce qu’il a de diffus, précaire, fuyant, insaisissable. S’y retrouvent les thématiques chères à l’artiste qui  vit et travaille à Lausanne et à Vevey où elle enseigne les arts visuels à l’école supérieure des arts appliqués. Le regardeur découvre ce qui ailleurs demeure secret. Montagnes en lévitation, fumées, pièces industrielles, flots, implosions, chevelures créent des narrations intempestives morcelées faussement inachevées et conjuguées entre  rigueur et un certain délire. Il sort de la réalité ambiante pour mieux y revenir par des traits plus nus de n’être pas des sentences mais des avancées dont le résultat reste en suspens.

 

Isabelle-Schiper.jpgLe dessin s’empare des indices du monde tel qu’il est pour le prendre en traître plutôt que le flatter. Il sort de ses remparts et devient un théâtre d’élection comme de déjection en une mythologie faite de lumière claire ou souillée. Les traits et leurs écumes créent des ouvertures si bien que le réel semble essoré, dépecé et errant. Ses carapaces qui nous écrasent se retrouvent en suspension selon diverses incidences. Exempt de tout procédé le dessin avance avec une prudence ironique, un ménagement envers la réalité qu’Isabelle Schiper secoue en faiseuses de miracles (austères juste ce qu’il faut) ? Demeure un mélange de caresse et de violence qui ne va pas sans connivence et parfois tendre complicité là où surgissent quelques arpents de couleurs. Tout balance entre figuration et abstraction, ordre et chaos, paradis et enfer. Présence humaine et force de la nature se retrouvent en conflagration par floculations. « L’inachevé » appelle une totalité soit redoutable, soit à reconquérir avec des limites à garder entre l’ardeur des canicules et le vent froid des hivers rigoureux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

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