gruyeresuisse

06/06/2014

Francis Traunig : le réel et sa transgression

 

 

 

 

traunig.jpg« Aujourd’hui il est bien plus facile de devenir Artiste que de perdre cinq kilos » rappelle avec humour le photographe genevois Francis Traunig. Il précise toutefois les règles à suivre :  « un bon carnet d’adresses » et un goût prononcé à pratiquer le métier de courtisan auprès des galeristes, des conservateurs de musée, et de ceux qui peuvent trouver dans une œuvre « un escabeau à ego » - ce que Ben ne contredirait pas. Reste à l’artiste ensuite à affirmer que son idée lui est propre et qu’en plus c’est la « bonne » en s’affirmant  « véritable champion de la cosmétique de l’élan créateur ». « Hélas » (pour lui) Francis Traunig n’applique pas ses propres principes. Il revendique - à juste titre - une maîtrise technique pour la couleur comme le noir et blanc et garde comme guide la puissance du réel. Il ne délègue à personne la réalisation de ses recherches. Certes tout le monde peut se croire photographe (et le digital n’a rien arrangé). Il suffit de sous-poudrer la moindre prise d’un corpus théorique pour palier au vide de photos de vacances ou de protubérances mammaires. Le Genevois a une autre ambition pour son art et sa pratique. A la théorie il préfère un travail par lequel il opère un  maillage du réel dont il circonscrit des zones de perturbation. Les sujets ont beau prendre la pose : le photographe brouille ou décale insidieusement les mises en scènes.

 

 

 

Traunig 2.jpgEn surgit parfois un certain grotesque par des localisations « borderland »  qui lavent le regard et donnent une éternité à un l’éphémère. La photographie appelle chez lui l’humain à l’horizon d'un  "désert" auquel il ne redonne pas de brillance mais une existence à coups parfois de couleurs "flashies". En émanent des phénomènes inédits, des sensations neuves. Cette relation de grande proximité avec le réel est singulière. Les prises ne sont ni une mémoire, ni une critique d’un certain mauvais goût kitsch. L’artiste fait plus et mieux : il ouvre un vertige au cœur même du quotidien. Son art devient une anti-chambre (au sens premier du terme) de la représentation. Le seuil de l'intime est troué à travers les sédimentations du décor qui l'entoure. Il ne s'agit plus de donner à voir  de l’être de manière plus ou moins réaliste : celui-là se voit remis en question par « l’objet » même de la photographie. Elle pose avec Traunig une question majeure : quel est l'enjeu  lorsque la représentation dérive subrepticement ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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