gruyeresuisse

04/06/2014

Tonatiuh Ambrosetti et les montagnes magiques

 

 

 

 

 

Tonatiuh.jpgS’emparant d’un média qui est par essence celui de la représentation le Lausannois Tonatiuh Ambrosetti propose un procès de la figuration dont la piste ne passe pas par des détournements plus ou moins sommaires et faciles. Son hors-piste se situe par le propos lui-même là où pourtant tout semble « en place ». L’artiste dans son travail de pure création personnelle (il est aussi photographe institutionnel)  interroge le sens des plis du paysage comme de ses plans d’ensemble pour en suggérer quelque chose de cosmique et souvent inquiétant. Le paysage (qu’il soit ou non saccagé par l’intervention humaine) devient apocalyptique  et semble dépasser la dimension terrestre.

 

 

 

Il est autant celui du rêve qu’un point de chute des magmas. Bouleversements de formes : séracs, glissements créent des dérives, des parcours sinueux et des recouvrements face auxquels l’être demeure impuissant. Il ne pourra jamais retenir la force tellurique et atmosphérique des éléments. Entre désert de sable et neige l’avance est inexorable. Ciel et terre ont unis dans le nouveau monde où le chaos est suggéré non sans un certain sens du rite qui tient plus du recueillement que du lyrisme.

 

 Tonatiuh 2.jpg

 

Dès lors la photographie devient affaire non seulement de surface mais aussi d’âme. Cette dernière sait que le corps du monde ne lui appartient pas et la confronte à un absolu irrévocable que le roc et le sable, les nuages et les orages suggèrent et sollicitent par leur force insurmontable. Ne cherchant pas une harmonie imitative Tonatiuh Ambrosetti étreint cet univers dans une poétique de l’espace  qui provoque élan, fascination et angoisse. La splendide indifférence du monde est là dans un silence de cathédrale immense. Quoique « pelliculaire » la photographie est donc l’empreinte d’une densité élémentaire qui unit le mental et l’organique et fonde l’acte plastique sur leur union cosmique. En ce sens la photographie devient un acte sacré puisqu’elle métamorphose le paysage en cérémonie où la liturgie des formes s’ouvre à des fantaisies minérales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

19:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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