gruyeresuisse

01/06/2014

Heidi Harsieber et les vieux amants

 

 

Harsieber.jpgHeidi Harsieber, “Einblicke. Künstler und ihre Partner”,  textes  d’Agnès Husslein-Arco, Maria Christine Holter, 2014, 131 pages, Fotohof.

 

 

 

 

 

Heidi Harsieber ose ce qui pourrait sembler le pire en interrogeant le corps sous toutes ses modalités : vivant ou cadavre, jeune ou vieux, « normal » ou "trans", habillé ou souvent nu. Elle le présente en action parfois aussi « déplacée » que paroxysmique : une vieille femme par exemple masturbe son compagnon. Pour autant il n’existe aucun voyeurisme dans un tel travail. C’est d’ailleurs ce qui donne toute sa force aux images de la  photographe. Ses prises les plus radicales infusent une douceur et une attention qu’on trouvait déjà sur ses photos de cadavres.

 

 

 

La plasticienne s’intéresse de plus en plus à ceux qu’on nomme pudiquement « seniors ». Elle leur offre une seconde jeunesse. Ils ne disent pas encore adieu à la vie. Au contraire. Sur le seuil des départs, leurs mains s’accordent des instants sans limite. Heidi Harseiber sort de l’envasement glauque ce qui devient une éternité provisoire en d’invisibles essaims. Il y a un comme un pétale blessé sur un visage d’une femme qui donne la fièvre de l’homme si bien qu’une telle montée « maladive » le sauve.

 

 

 

Hersieber 2.pngL’artiste pénètre dans des chambres où l’ombre pèse sur des meubles immobiles mais où s’ouvrent des draps qui enveloppent des rêves. Heidi Harsieber en retient la lumière sans pour autant romanticiser tout ce qui lentement s’abandonne en récit aporique. Il devient la manière dont les partenaires glissent voluptueusement vers la fin de l’histoire. Les valses viennoises se conjuguent au passé. Les corps s’affaissent lourds des ombres mais dans les instants saisis elles ne pèsent plus sur le cœur. Les mains n’ont pas peur,  elles veulent croire à l’impossible, répandent la chaleur. Sur les lèvres des vieux amoureux se forment des mots inconnus. Un invisible mouvement de la comédie vitale tourne doucement autour d’eux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:30 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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