gruyeresuisse

30/05/2014

Walter Pfeiffer et l’homoérotisme

Pfeiffer.jpgDes Christs et martyrs triomphants de la Renaissance aux films de gladiateurs il y eut - jadis et naguère - bien des subterfuges pour faire passer la pilule "amère" du corps gay. Les temps ont changé néanmoins une telle iconographie demeure frileuse. Dans l’histoire de l’art moderne et contemporaine le nu masculin dérange bien plus que le nu féminin. Ce qui touche à l’homoérotique gène sans doute parce que monde est fait par des hommes pour des hommes forts (ou trop peu assurés ?) de leur hétérosexualité. Il a fallu attendre 2013 avec « Masculin/masculin » au Musée d’Orsay et les expositions de 2012 du Leopold Museum de Vienne et celle du nu de Linz pour que cette figuration s’ose dans les grandes institutions. En dehors de ces exception l’image Gay - et le Zurichois Walter Pfeiffer le prouve - reste confiné à une culture underground en dehors de quelques détournements journalistiques et publicitaires (on se souvient du portrait d’Yves Saint Laurent pour un de ses parfums).


Souvent la photographie gay jouit d’une représentation soit trop narcissique, soit entourée d’une certaine radicalité sommaire dont Pfeiffer peut être le représentant. Ancien peintre, dessinateur et designer le Zurichois s’est orienté vers une photographie gay volontairement sans grâces qui laisse le regardeur distant. Comme l’allemand Norbert Bisky il assume et revendique le corps gay en tant qu’objet érotisé. Mais là où l’allemand sublime le masculin hanté par le "même" et fait surgir la corpulence de fibres musculaires en s'amusant de tous les codes homos, Pfeiffer refuse toute scénarisation. Il y a peu de magnifiques éphèbes. La photographie reste un "récit plastique" critique qui ne cherche pas à ravir en scénarisations subtiles. La vision porte les marques d’une revendication engagée loin d’un basculement formaliste. Avec Pfeiffer on est loin de toute fête. Le travail formel reste parfois si aride qu’il semble même manquer d’un véritable imaginaire d’érection (si l’on peut se permettre…) capable de faire bouger les lignes et casser les tabous. La radicalité l’emporte en devenant le miroir d’un monde refoulé mais que beaucoup préfèreraient rejeter vers un horizon par définition inatteignable.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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