gruyeresuisse

21/05/2014

Jean-Luc Godard : qu’aurait-il fait dans cette galère ?

 

Godard.jpgJ-L Godard n’est pas allé à Cannes. Il a bien fait. Le seul risque qu’il courait n’aurait pas été seulement de se faire siffler par les myopes mais de se prêter au jeu de clown sérieux auquel il a du mal à renoncer dès qu’on lui tend un micro. Il faut dire que les journalistes aiment se faire tancer par l’iconoclaste. Il répond à leur attente et ne se prive pas de proférer des sentences assassines dont ils se délectent. Godard reste le cinéaste que les gogos aiment écouter même s’ils n’entendent pas grand-chose à son cinéma.  

 

Godard 2.jpgCertains néanmoins pressentent que dans son cinéma les choses bougent.  Après « Film Socialisme » et avec « La fin de langage » ils sont servis. Ils croient sans doute que ce film prouve chez Godard une paradoxale faim de mots, l’amour des titres et - dit-il - leur « obligation bancaire »…. Faire un film ajoute-t-il c’est « payer sa dette ». Preuve que le film porte un sens de la faute et un besoin de la rédemption toute chrétienne. Se comprend au passage tout ce que Tarantino lui doit au sujet de la rédemption. Le kid admire son aîné. Ce qui n’est pas (euphémisme) le cas de ce dernier.

Godard 3.jpgMais passons. Rappelons ce que Godard apprend : « émettre un titre » ne suffit pas à faire un film. Y inclure des citations en inserts non plus. Trop de critiques oublient que le réalisateur vaudois demeure peut-être le plus grand poète visuel. Il ne réduit pas le cinéma à une femme damnée sur laquelle il appliquerait un fard. Il cultive de prétendues impasses de dérives ou plutôt des traversées multiples  Et si le cinéma est selon lui « un juge d’instruction » sa procédure d’appel passe par la seule image. Elle fait vivre les métaphores. Elle ne se réduit pas au récit d’un cinéma à histoires mais devient poésie et musique, histoire du cinématographe. Une anthropologie aussi. Dès lors tout peut être reproché à Godard sauf de suivre la route dérisoire de la pose et de la gloriole. Il ne propose jamais un discours en images mais l’image de discours mis en abîme dans l’épicentre d’une beauté que seul il saisit de nos jours et comme en son temps Chaplin le fit. Répondant à ce que Baudelaire écrivait, les secondes de ses films « sont fortement accentuées et chacune dit : je suis la vie, l’insupportable, l’implacable vie ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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