gruyeresuisse

18/05/2014

Mehdi Benkler : Stranger than Paradise

 

 

 

Benkler.jpgFils d’une Algérienne et d’un Suisse de Corse Benkler est né à Morges. En accompagnant le groupe « The Kills » en tournée il commença la photographie de rock en vendant sur papier précieux ses épreuves. Désormais reconnu dans le milieu musical vaudois celui qui voulait devenir photographe de Guerre et rêvait de traverser le monde tel un Robert Capa  a donc été happé (provisoirement peut-être) par le monde de la musique dans lequel il cherche à saisir la sauvagerie même - écrit-il - « lorsqu’elle le relève du Grand-Guignol ». Mehdi Bekler photographie toujours en noir et blanc et en argentique. Cet apparent anachronisme du jeune photographe est un hommage à une de ses idoles : Jim Jarmursch. Désormais celui qui a fondé son propre groupe (« Forks ») arpente les festivals de Montreux de d’ailleurs pour saisir comme personne divers types d’icônes - de Leonard Cohen à Cat Power. Le photographe sait rechercher dans l’ombre comme la lumière le corps d’artistes dont les voix parfois brumeuses désordonnent les accords du monde par un chaos sonore. Il capte les silhouettes évanescentes ou énervés de presque fantômes qui rappellent quelque chose du passé ou de jeunes pousses qui anticipent

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sans doute sur le futur. Les éclats de vie captés sur scène ou back-stages s’éloignent de la recherche de photos choc à l’esbroufe : Benkler cultive  toujours le dépouillement. De tout ce qui pourrait paraître fantasque dans ses sujets l’artiste retient une nature diamétralement opposée. Les prises et leurs cadres créent un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief caché. Avec empathie l’artiste suggère néanmoins  ce qui se découvre derrière l’apparent bric-à-brac de mises en scène et de jeux d’images. Infiltrant sa frénésie mais aussi - liesse à part - son ordonnancement l’artiste pimente à sa matière les ingrédients que les « musicos » proposent afin de façonner en prises personnelles leur légende - ou parfois juste ce qu’il en reste.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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