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17/05/2014

Ecchymoses de l'âme sur table à dissections : Liliana Gassiot

 

 

 

Gassiot.pngLiliana Gassiot crée un univers qui passe d’un masochisme à un érotisme particulier. La suggestion plus que l’évidence laisse ouverte la question de la féminité mais aussi celle le livre, du récit, de l’image. Un certain inachevé (toujours impeccable) à la fois exalte et révèle dérisoire l’image qui laisse le voyeur ou le lecteur à sa « faim » et son inassouvissement. L’œuvre tangue entre le plaisir et le mystère. Des « maculations » subtiles amorcent l’attirance et la peur. Dans une de ses dernières «expériences » la créatrice, rappelle « que le fil d'un récit a le pouvoir de reconstituer un monde au bord de disparaître et celui du chirurgien de rapprocher les lèvres d'une plaie et en lier les tissus ». Elle fait des deux fils un livre qui « ouvre la plaie et la plaie ouvre le livre ». Entre imagerie médicale et imaginaire narratif l’artiste repêchant dans d'anciens ouvrages médicaux des vignettes coud un discours maculé de rouge sang (bien sûr). Tout cela tient de l’ »opération » (entendons ouverture) et de la cautérisation. Le regard se perd dans un univers ouvert et refusé. Il porte le signe de l’offrande, de l’interdit, de la douleur mais sous le sceau d’un plaisir du jeu. Comme toujours chez l’artiste de Lausanne l’image exclut l’explicite, elle devient prélude ou métaphore et montre combien toute feuille blanche est un abîme qu’il faut combler dans des dispositifs hybrides ou des miroirs « déformants » où le corps de l’objet comme l’œil de regardeur peuvent être « bandés ».

 

Gassiot 2.pngL’artiste propose des spectres fantasmagoriques à travers lesquels il existe peut-être de sa part une version féminine  de l’  « héautontimorouménos » de Baudelaire. Néanmoins l’onirisme est de mise. L’ironie aussi. S’y éprouve sans lyrisme et par effet de surface les ecchymoses de l’âme sur une table à dissection. En de telles cérémonies un bruissement de vie est toujours palpable au-dessus des chemins de broderie en dédales. Par ces métamorphoses Liliana Gassiot fait ressurgir des pâleurs anciennes là où parfois les cuisses des femmes ressemblent à de lourds piliers.  Mais le plus souvent se pénètrent des temples où vit la déesse. Ses images deviennent une poésie des songes, ses spectres. Un monde nous regarde et le cœur se remet à battre entre l’ombre et le jour au couchant d’une lune rousse qui donne à chaque œuvre une puissance délétère, mystérieuse et fascinante.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:17 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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