gruyeresuisse

14/05/2014

Peter Wüthrich et l’obscur objet du désir

 

 

Wuettrich.jpgPeter Wüthrich « Pharmacie littéraire », Galerie Gisèle Linder, Bâle,  du 10 juin au 12 juillet 2014.

 

Peter Wüthrich garde l'odeur de sainteté en horreur. Dans ses mises en scène se cache une extrême pudeur. L'ostentation possède un aspect particulier : il s'agit de se soustraire à toute affaire d'égo afin de mieux  surgir les secrets les plus intimes en particulier ceux de l'enfance. Toutes ces images dans leurs divers registres ne font que débonder les traces ou les traversées du désir d'un âge d'innocence à celui d'un âge adulte. L'histoire de l'œuvre est donc l'histoire d'une accession à soi mais de manière métaphorique.

 

Wutrich 3.jpgEn leur fantasmagories et leurs installations les séries ramènent à la première passion de l’artiste : les livres quel qu’en soit le genre : classique ou D.O.P. (dont on parle) ou encore bestseller populaire.  Dans son travail  les reliures deviennent papillons. Ils se transforment aussi en briques pour reconstruire un espace autre que livresque. Le livre reste donc un champ de recherche où à la linéarité du texte se superpose la saisie du monde par l’image, ses réseaux ; ses rapports.

 

Wuttrich 2.jpgDans sa nouvelle exposition le titre est donné par  une armoire à pharmacie bourrée de bouteilles, flacons et boîtes. Leurs étiquettes défraîchies proviennent des pages de garde des livres de poche de  chefs d’œuvres de la littérature mondiale. Il y a là tout un appel à la médecine de l’âme. A côté « Collection Silva », « Diamonds », «  Literary Horizons » marquent un retour à la peinture. Avec  « Buchfalter » sous titrée « Tropique des livres papillons » la «sculpture » fait retour à travers les couvertures découpées de la série Gallimard. Comme les papillons, les pensées s’envolent tandis que dans le cabinet érotique au sous-sol surgissent les « viscères » des livres. Des femmes célèbres de la littérature mondiale paraissent sous forme de slips minutieusement travaillés. Enfin la référence au texte se magnifie dans  la vidéo « Le mépris ». Elle fait référence au livre de Moravia comme au livre que Godard en a tiré. Wüthrich remonte la scène célèbre - où Bardot parle de ses fesses à son mari - avec un modèle qui utilise  le roman comme voile. La femme nue ne parle plus mais regarde en boucle cette scène du film de Godard.

 

En de telles mises à jours, il existe forcément une sorte de "pornographie" si on entend par là que Wüthrich donne à voir de la façon la plus crue ce qui échappe à la vue. Mais le voyeur sera toujours déçu et ce par les dispositifs et les stratégies qui restent inaccessibles à première vue et à la prise au premier degré. Fantôme ou réalité, la livre "prodigue" sert donc d'appât à une identité qui ne se définit que par les dépôts de la littérature. S’y forment bien des dépositions et des procès figuratifs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Commentaires

grand merci. Vous êtes très fidèle.

Une bonne journée
Gisèle Linder

Écrit par : galerie Gisèle Linder | 15/05/2014

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