gruyeresuisse

08/05/2014

Les extases temporelles de Christoph Eisenring

 

Eisering.jpgChristoph Eisenring, Galerie Gisèle Linder du 8 avril au 24 mai 2014.

 


L’artiste minimaliste Christoph Eisenring (originaire de Winterthur) présente à la galerie Gisèle Linder une sélection de photographies et un papier découpé.  Une de ses photographies retient une bouteille vide retournée sur une bougie blanche allumée. L’artiste fixe l’éphémère d’autant que par manque d’air la flamme va s’éteindre… Cette photographie analogique est le modèle même d’une œuvre qui souligne ce que peut produire l’image dans son intensité poétique. A la recherche du plus infime et de l’éphémère l’artiste approche le presque vide. La simple pointe d’un poignard placée au bord inférieure d’une photo transforme le réel en une abstraction confondante qui interroge la force de l’image.

 

Eisenring.jpgPhotographies,  dessins, sculptures, collages, papiers découpés  installations ne cesse de proposer la limite de l’image en de telles métamorphoses. Un monde non fixe est retenu dans une simplicité des plus complexes. Chaque œuvre garde des stigmates particuliers Jouant avec l’instabilité des états de la matière l’artiste est toujours à la recherche d’un lien avec la mémoire, le temps, la trace et divers types d’empreintes. Par le virtuel et le numérique comme la transformation  d’éléments du réel et  contre tout effet de fossilisation Eisenring propose des ouvertures esthétiques. Dès lors entre nature et culture, formes et « informes » gardent partie liée, ce sont les Janus à deux faces qui se répondent et témoignent d’un surgissement archaïque en apparence qui embraye directement sur le temps. Mais un temps où le rôle de l’artiste reprend une valeur essentielle face aux effets de nature comme de civilisation.

 

Dans ce but le travail reste chevillé sur des états qu’on nommera «  passant ». L’œuvre témoigne d’une déliquescence et de la ruine tout en l’excédant et la magnifiant. L’acte de  création  est donc autant un creusement, une destruction qu’une métamorphose. L’œuvre « secoue » autant notre mental que le réel. Dès lors l’humilité apparente de cette stratégie révèle un art à la fois archaïque et complexe.  L’artiste y abandonne toute subjectivité narcissique. Par « l’instabilité » de l’œuvre en ses expérimentations et ses substances surgit une aventure d’avant et d’après le langage articulé. Ce passage demeure essentiel et vient prendre à revers les concepts de temps et de délais. En ce sens un tel créateur invente une extase temporelle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:37 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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