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07/05/2014

Jean Crotti dessinateur de l’effacement : rencontres du deuxième type

 

crotti.jpgJean Crotti, SKOPIA Art contemporain Pierre-Henri Jaccaud, Genève, 23 mai – 5 juillet, 2014.

 

Petit-neveu du peintre Jean-Joseph Crotti et frère de l’auteur-compositeur Michel Buzzi  le Lausannois Jean Crotti a trouvé à la charnière du millénaire lors de nombreux séjours au Caire l’axe majeur de son travail qui n’est pas sans rappeler - dans l’esprit - l’œuvre de Pasolini. Les garçons qu’il représente semblent des plus fragiles et comme « stigmatisés » par les supports de récupération que l’artiste utilise souvent. Le portrait trouve une dimension particulière. Elle est le fruit d’une connaissance préalable avec ses modèles mais de manière indirecte. Le chat et la webcam restent pour l’artiste des moyens de connaître et de rêver des êtres dont il fait implicitement le casting en un type de relation où l’érotisation reste souvent de mise. Néanmoins ces rencontres permettent aussi l’échange et la création d’images qui échappent au pur registre du portrait.

Celui-ci dans la mesure où il est généré par un medium entraîne tout un jeu d’apparition et de disparition, de séduction et de rejet  dont l’œuvre témoigne. Souvent semblant « inachevés » les dessins sont l’illustration de la diaphanéité de telles rencontres où le jeu garde son importance. Toutefois celui-ci n’a rien de léger. Pour preuve le dessin témoigne de la frustration comme du désir. Surgit  un état de latence et d’errance quasiment programmé. Les tons pastel, les traits éthérés deviennent le symbole en acte du rapport abyssal entre le proche et le lointain, l’angoisse de la perte et l’attente d’un désir qui fait de chaque création un instant de solitude nocturne plus que solaire et  à laquelle  les dessins des portraits mortuaires  de la période égyptienne font échos. Il y  ainsi non seulement du Pasolini mais du Genet et du Rimbaud chez un artiste discret qui par ses travaux dressent la chronique des mondes impossibles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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