gruyeresuisse

07/05/2014

Elisabeth Frering : ours va et l'intimité des sirènes

 

 

 

Frering 3.pngElisabeth Frering, Galerie Bertrand Gillig.

 

 

 

 

 

Elisabeth Fréring crée un univers d’un érotisme particulier : la suggestion plus que l’évidence laisse ouverte la question de la rencontre. Un certain inachevé (mais toujours impeccable) exalte en même temps qu’il se révèle dérisoire comme s’il fallait toujours au voyeur la faim et l’inassouvissement. L’image tangue entre le plaisir et le mystère suggérés par la présence d’animaux, de formes phalliques et matricielles où la fourrure devient facilement toison. Ours-mickey, lapine rose créent un exhibitionnisme confondant : une forme de crudité se conjugue avec le tendre dans les maculations légères et subtiles qui ponctuent les dessins. Ceux-ci deviennent des narrations d’un conte enfantin érotique où se  parle le langage du désir avec son attirance et sa peur.

 

 

 

Frering.jpgLe regard se plaît à se perdre dans un univers suggestif ouvert et refusé. Il porte doublement le signe de l’offrande et de l’interdit le tout néanmoins sous le sceau d’un plaisir ludique. Car Elisabeth Frering s’amuse, va presque au point où l’image pourrait éclater de rire. Mais l’artiste s’arrête avant car il ne convient pas que le jeu ne cesse. Le désordre est calculé : l’image exclut l’explicite. Chaque scène en est le prélude ou la métaphore. Et le rose y reste toujours plus épais que l’ombre. La plus vieille des histoires trouve donc une narration plastique originale. Elle avance ailée sur la surface pour que fleurisse le tendre et s’ourle l’inattendu de présences intempestives et profondément poétiques dans leur genre. Toute une mécanique dresse un doigt rose qui fait l’amour aux yeux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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