gruyeresuisse

04/05/2014

Peter Bischel Cervantès du XXIème siècle

 

 bichsel 2.jpgPeter Bichsel, « Chérubin Hammer et Chérubin Hammer », Héros Limite, Genève

 

 

 

 

 

Peter Bischel interprète le sens caché de la fiction dans un subtile jeu de double et de doublure afin d’en exhiber une autre scène. Dans son roman au titre énigmatique « l’histoire n’est pas celle de Chérubin Hammer. Chérubin Hammer, c’était quelqu’un d’autre, mais quelqu’un d’assez digne pour laisser le héros discret de cette histoire disposer de son nom ». Tout se joue dans l'écart des identités homonymes en une double partition et une parturition des êtres dans la joyeuse liberté de la fiction qui joue de ses héritages et ce dans un esprit cher à deux de ses compatriotes (et amis) Max Frisch et Friedrich Durrenmatt.

 

Bischel.jpgDépouillés de toutes modalités affectives les "corps" de l'auteur sont des corps rapatriés exposés comme prélevés  qui racontent une histoire sans demeurer des otages de la fiction. Celle-ci pose bien des questions : Que sont des corps, des personnages ? Qui rêve à travers eux ? Pourquoi ne pas inventer de nouveaux rapports de réalité dans un roman ? Ici les personnages ne sont plus seulement des figurants mais des visiteurs. Ils complotent quelque chose comme un rapt  eu sein de  l’immense histoire du roman. L’auteur en crée en "contre bande" une autre mythologie. L’écriture conjugue l'actif et le passif. Elle empreint et imprègne dans le même espace littéraire les traces et semences de deux êtres énigmatiques qui n’en font qu’un (mais chacun de leur côté).  Ils sont mis à flot hors d'un simple effet de miroir. A travers les couches de fiction l’auteur s'en prend à deux "originaux" en franchise de modèle. A Narcisse fait donc  suite la ruse de la sublime Écho (au masculin). Le roman fait sécession de manière lucide pour se séparer de ce qui l'affectait avant de toute sa rigueur banale. Et si une telle fiction fait rêver c’est surtout  parce que nous y perdons pied. Nous sommes délicieusement noyés là où se cherche la ligne de flottaison ou de partages entre deux corps étrangement "amphibiques".

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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