gruyeresuisse

03/05/2014

Les images carnivores d’Elisabeth Llach

 

 Llach.jpgELISABETH LLACH - Alles wird gut, editions Sang Bleu, Lausanne. L'artiste est représentée par Katz contemporary.


Chaque œuvre de la Lausannoise Elisabeth Llach s’empare d’un fantôme d’une femme. Elle joue avec lui et surtout avec le voyeur qui voudrait s’en emparer et dont le rapt optique est différé. Par exemple le champ des lèvres se retrousse pour que tout le noir tienne dans l’ouverture de la bouche. Ce trou passe dans les yeux, devient une porte qui donne peut-être derrière le visage. Elisabeth Llach crée des narrations intempestives où le désir réclame autre chose qu’une image. C’est pourquoi elle s’en amuse. Sous sa main les corps se tordent entre froideur et émotion afin de casser les spéculations fantasmées. Ironique mais sérieuse la plasticienne ne ramène pas pour autant l’image à la divine enfance d’analphabétisme formel.


 

 

Les corps font leur métier de corps mais l’artiste débarrasse les empreintes attendues. Et si chaque posture « déshabille » le corps c’est pour qu’il soit étranger à ce qu’on espère de lui. De fait Elisabeth Llach crée une ombre particulière. Elle change l’élan qui enfume le regard. Le corps repousse selon des articulations qui le retournent. Il se peut que l’énergie du sexe et celle du regard s’accouplent mais les excès qui s’ensuivent bouleversent la conception classique des images dites érotiques qui se délient de leur fonction. Les formes représentées ne révèlent plus la « chose » espérée. Un sens est là mais il n’est plus dicté par l’illusion de l’étreinte. L’artiste détourne la vitalité fantasmée vers la mentalisation et la reproduction vers le fiction.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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