gruyeresuisse

29/04/2014

Pipilotti Rist : vers un autre théâtre du monde

 

 

 

 

 

Pipilotti.pngPipilotti Rist est l’une des pionnières de la déconstruction des images. Née à Grabs elle est devenue surtout vidéaste internationale et partage son temps entre Zurich, Bâle et Liepzick. D’abord échevelée l’œuvre prend au fil du temps une sorte de classicisme. Si bien que celle qui fut membre du groupe de musique « Les reines prochaines», règne désormais par sa maîtrise des images, leurs montages, le graphisme et le mixage par ordinateur. Elle fut une des premières à incorporer dans ses vidéos les « défauts »  et à utiliser le brouillage, le flou, les renversements sans tomber dans le pur jeu formaliste. Ses œuvres gardent un côté sentimental et kitsch - ce qui n’a pas empêché l’artiste de « s’assagir » pour ne pas s’auto-caricaturer. Elle a même été nommée directrice de « Schweizer Expo 02 » en 2002 et se retrouve au centre des interrogations de temps par son travail sur l’indifférenciation sexuelle. Elle écrivait dès le début du millénaire : « Depuis des années, mon propos est de considérer, sous plusieurs angles, ce qui fait la différence entre les sexes. La manière dont chaque être humain vit son identité sexuelle détermine l'évolution de la subjectivité de l'individu, constitue la base de son comportement social et politique. ». Filmant le corps et les attributions sociales de rôle l’artiste détruit la narration cinématographique traditionnelle au profit d’un morcellement d’images intempestives où se mélangent divers univers entre symboles et poésie psychédélique. Une de ses œuvres les plus célèbres (Open my glade) condense toute ses interrogations. Pipilotti Rist propose  l'obscénité de l'exhibition dans une monstration décalée. Elle s’y démaquille en frottant son visage sur une vitre. Le maquillage s’étale, le visage se déforme en des formes grotesques ou terrifiantes. Cette vidéo a été montrée 6 semaines 16 fois par jour  à Times Square (NYC) sur un écran géant  afin d’inscrire un contrepoint chirurgical dans le lieu de l’exhibition de la beauté formatée par la publicité visuelle.

 

 

 

Pipilotti 2.jpgIl ressort de l'œuvre une cruauté dynamique .Elle confronte le spectateur à des sujets les  plus intimes. Ils révèlent chez la créatrice une sensibilité et une lucidité peu ordinaires. Le travail répond à ce Walter Benjamin  demandait à l'art “ une image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve ”. L’artiste transgresse l’image reflet à travers les allers-retours au sein des genres qu’elle dérange et « dégenre ». Les pères y sont flocon d'absence, filet de sens pissant sur les capucines, cultivant  un surplus d'oubli pour les femmes et trouvant à cela un nom : l'existence... Face à de telles taciturnes burnes du machisme ordinaire Pipilotti Rist a inventé ce qu'on prend parfois pour ces rushs morts de son propre mont Rushmore. Elle y cultive d'autres images que « mâlignes ». L’artiste reste une digne héritière de dadaïsme. Elle le cultive au féminin. Liquette au clou,  ciel mauve sur fond tabac elle lance  aux mateurs des avis de non recevoir. Viandes belles mais aussi l'amer des chairs s'étalent. Il y a des Bleu Giotto sur des jambons mal cuit. Face à l'écran des jours chaque vidéo broute le bric afin que le broc parte en déroute. L'air vain vers l'aine des masques « bergamasquent », tombent du réel rugueux. L'âme n'est que prothèse du corps jusque là mal pensé et mal représenté. "La Pipilotti" rappelle que dessous il y a la bête qui rôde et les seins dessus qui  chantent - désormais dans la dérision  et non dans le supplice - ce qu'on appelle l'humain. Pour cela elle filme le poisson dans l'homme pour que se  découvre sinon son fond de moins ses fesses-thons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pipilotti Rist :  Hauser & Wirth, London, New York et Zürich

 

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