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22/04/2014

Alexandra Navratil : de l’écume à l’image

 

 

 

 

Navratil 1.jpgAlexandra Navratil, « This Formless Thing », Roma Publication, Amsterdam, 2014, “The Museum of the Unwanted”, groupshow, Kunstraum Kolin21, Zug, avril-mais 2014, “Solo exhibition”, BolteLang, Zurich, nov-dec. 2014, « Solo exhibition », CCS Centre Culturel Suisse Paris du 31 oct. au 14 dec. 2014, « Swiss Art Awards », Bâle, 17-21 Juin 2014.

 

  

 

Hölderlin affirmait : "si simples et si saintes sont les images qu'on en a peur". Et si "les enfants en deuil" de Rimbaud demeuraient ébahis devant elles c’est parce qu’ils n'en percevaient pas la complexité tant ils étaient fascinés par leur l'énigme et le mystère. Alexandra Navratil tente de les percer tout en nous apprenant à les regarder. L’artiste pénètre leur  équivoque. Partant de l’imitare (ce que l’image imite, reproduit) elle va vers l’imago (ce que cette re-production produit). Elle utilise pour cela de nombreuses stratégies et techniques : vidéo, photos, installations, dessins, déclinaisons, séries, trompe l’œil,  etc. afin d’explorer  le double champ de l'image : l'icône (ce qui est semblable à son modèle) et l'idole (ce qui reproduit la forme des choses).  L’artiste prouve qu’entre les deux il y a un pas et une passe. Ils engagent une différence capitale dans le rapport qu’entretient le visible à l'invisible. L'idole arrête le regard par saturation. L'icône laisse advenir l'invisible dont elle procède. Existe entre les deux le passage du voyeur au voyant, du dormeur à l’éveillé. Mais Alexandra Navratil prouve combien cette distinction ne cesse de s’auto-troubler » : les séries « This Formless Thing » et « Unstable Ground » illustrent combien il existe ni image absolue, ni une nature « en-soi » de l’image. Dans le processus d'apparition et sur sa surface, objets et formes nous regardent les regarder. Derrière cet apparent paradoxe se cache une vérité première : il ne faut pas voir dans l'image de l'achevé, du final mais de l'appel, de la levée. Alexandra Navratil remet aussi en cause à la fameuse formule "lecture de l'image". L'expression en elle-même génère selon elle (et à juste titre) une impossibilité,  une sorte de contresens. Lire revient à nommer donc à reporter  l'image en un champ qui n'est pas le sien.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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