gruyeresuisse

07/04/2014

Murmures de Jean-Luc Manz

 

 

 

Manz.jpgFidèle à tout un pan de l’art helvétique abstractif et géométrique le travail de Jean-Luc Manz navigue entre monumentalité et immersion. Murales à tous les sens du terme les structures froides ou chaudes de peintures déclinées sur un système  monochrome  semblent dépasser leur cadre. Les plus célèbres sont des panneaux rectangulaires aux illusions de murs de briques. Ils rappellent ceux de l’Académie des Beaux-arts de Düsseldorf où l’artiste suivait les cours de Gerhard Richter. Sans concession au moindre pathos chacune des œuvres crée une émotion profonde. De formes qui a priori induisaient une peinture décorative l’artiste a créé un art d’expérimentation. Le jeu et le détournement des formes sont au service d’un affect en des évolutions de formes et de couleurs. S’y retrouvent des motifs chers à Ellsworth Kelly et Barnett Newman. L’auteur les reprend comme ceux de Matisse ou de l’art de la mosaïque islamique rencontrée lors de ses séjours en Egypte.

 

 

 

Manz 2.jpgL’émotion esthétique naît  de « la folie d’un voir, d’un entrevoir, d’un croire entrevoir » dont parlait Beckett et qui demande une attention particulière. Sous couvert d’unité de façade les peintures du Lausannois recouvrent le décorum, permettent de ne plus avancer face contre terre et créent  une forêt des signes organisés loin du registre de l’exquis. Il ne s’agit plus de “ planter un décor ” ou de faire de la surface un écran. Ni de recouvrir, de faire écorce mais d’ouvrir un alphabet plastique crypté à la recherche de structures fondamentales. Evitant toute surcharge ces œuvres prennent une valeur hypnotique, hallucinatoire que ne cherchent pas à résoudre  au sein même de leurs rébus les problèmes qu’ils posent au regardeur. Ils dépassent ceux que propose l’art cinétique par la simple stimulation de la perception rétinienne au sein de divers jeux de leurres. La réflexion et le travail de Manz sont plus concrets et plus probants. L’artiste  provoque l’émergence de structures en des explorations qui ne sont pas d’idées (bien que l’artiste n’en manque  pas) où parfois l’art se perd au détriment de «  la relation d’incertitude » où la peinture avance ici pour retrouver son identité originaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 Les œuvres de Jean-Luc sont visibles entre autres à la galerie Skopia, Genève.

 

 

 

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