gruyeresuisse

06/04/2014

Silvia Bächli ou le chant grégorien du dessin

 

 

 

Bachli bon.jpgSilvia Bächli: Brombeeren ,  Verlag der Buchhandlung Walther König, Köln, 2014.

 






Donation Florence et Daniel Guerlain, Dessins contemporains, Centre Pompidou, Paris,  premier trimestre 2014.

 

 

 

 Pour Silvia Bächli  dessiner ou peindre sur papier est une activité « élémentaire » puisque partout et toujours le matériel étant sommaire reste à sa disposition. D’autant que cela demande peu de mise en route : il suffit de s’installer devant une feuille avec un crayon. L’artiste utilise le papier le plus frustre possible. Elle l’achète en gros et son choix dépend de ses propriétés d’absorption et des coloris de sa blancheur de ce support. Silvia Bächli découpe les feuilles au format dont elle a besoin.Regroupés en ensembles de même format, ces piles ou plutôt ces strates de feuilles  « ressemblent aux notations des chants grégoriens : ce sont des chants à plusieurs voix » dit l’artiste.

 

 

 

Quand un dessin est raté elle le jette. Considérant son travail  comme « un monologue à haute voix » elle essaie diverses tonalités,  change le « son ». Et lorsque la « phrase » lui convient elle la garde, y trouvant un accord avec le propos souhaité, voire quelque chose qui dépasse cette espérance. Optant pour l’immédiateté, le côté mobile et flexible, la dynamique d’une  approche presque pulsionnelle et qui se moque de l’échec toujours possible Silvia Bachli fait du dessin une trace, une coupure, un geste. Parfois il surgit d’une simple interrogation physique  du type : A quoi ressemblent les doigts de la main gauche tenant la feuille ? Comment l’artiste ressent sans dos à ce moment là ? D’autres œuvres restent plus proches de la trace de mémoire. Silvia Bächli peut par exemple se demander quel chemin, le jour précédent, elle a pris pour faire ses courses. Chaque fois elle cherche « à flairer les traces des mots que l’on a sur le bout de la langue sans que l’on puisse les nommer exactement ».

 

 

 

Bachli 3.jpgDessiner est donc un processus ludique de mémorisation, d’invention puis, ensuite, de sélection.  Devenant une quasi écriture, peinture et dessin sont la traduction visuelle du langage. Mais par rapport aux mots l’image reste sous-jacente, préconsciente. Elle est un vocabulaire sans significations pré-codées qui ouvre le langage «abstrait à un résidu qu’on ne peut pas nommer mais qu’on comprend bel et bien. » Les œuvres de Silvia Bachli ne sont donc jamais des fragments de rêves même s’ils paraissent parfois somnambuliques. Elles permettent de mettre en marche un inachèvement : au spectateur de les finir.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les commentaires sont fermés.