gruyeresuisse

01/04/2014

Aldo Walker : l’image la plus simple n’est pas une simple image

 

 

 

 

 

 

 

 

Walker.jpgLes œuvres de l’artiste sont visibles - entre autres- au Mamco et à l’Aargauer Kunsthaus

 

 

 

 

 

Forceur du subjectif Aldo Walker (1938-2000) casse le mur de la visibilité par divers ruptures. Il oblige l’image à revenir à un état premier selon une formule  qui oblige à sa relecture. Elle donne une forme à une avant-forme ou si l’on préfère une forme affranchie et à franchir. A mi-chemin du minimalisme et du surréalisme, du concept art et du dessin « pur »  son travail est constitué de « Logotypes » et de « Pictogrammes » bases de l’interrogation sur les processus cognitifs et visuels d’interaction entre une œuvre et celui qui la regarde. L’artiste s’efforce de concevoir ses expérimentations de telle manière que ce soit au spectateur d’en imaginer les contenus : « Les Logotyp tels que je les conçois, disait Walker, n’ont pas de signification en soi ; ils n’acquièrent de signification qu’avec et à travers le spectateur. » Le plus connu de ces Logotyp est "Nummer VII"(1976) : un fox-terrier schématisé, sculpté dans une pièce de bois. Il  se trouve contraint à un seul mouvement possible : glisser de bas en haut et de haut en bas en faisant le beau devant une écuelle de fer. Au spectateur de cherche les éléments métaphoriques d’une telle œuvre : drôle car nonsensique ? sadique puisque l’écuelle reste  inatteignable et  vide ?

 

Walker 2.jpgWalker refuse de rester immobile, penché sur lui-même « comme sur un immense gouffre d’ombre, à guetter l’éclosion des miracles, l’ascension des merveilles ». Il les provoque en une action dynamique où s’invente un territoire dans lequel l’absolu de l’évidence est relativisé. Le créateur contribue à un dépassement de l’opposition entre pensée et écriture, mot et image. Le visuel n’exclut pas le verbal, l’écriture n’exclut pas le dessin. Chaque œuvre devient un lieu aussi simple qu’étrange. La question qui demeure est la suivante : comment tant de possibles peuvent affleurer dans des « indications » aussi brèves ? Et la réponse est complexe : le regardeur sent que la vie est là, qu’elle est   prête à affluer tout entière là où l’image et l’écriture sont métamorphosées par un « entre ». C’est pourquoi, là où il y a cassure, quelque chose résonne dans le silence admis, résonne continûment dans la profondeur des rythmes qui structurent ce langage pictural particulier. Y repose toujours sous un sens premier un autre  plus profond. Il permet au regardeur de « réimaginer » les images parfois confondantes de simplicité (une poule ou une vache esquissée en quelques traits par exemple) mais bien plus complexes qu’il n’y paraît.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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