gruyeresuisse

31/03/2014

Thomas Julier autour des lieux

 

 

 

Julier 2.pngThomas Julier, RaebervonStenglin, Zurich.

 

 

 

 

Thomas Julier - principalement à travers la photographie et la vidéo - renvoie une image décalée du réel en divers types de syncopes rythmiques, colorées et par effet de laps et d’ellipses. Mouvantes ou fixes, digitales ou analogues les images ont pour but de traiter et de modifier la lumière « réelle » par différents bains de couleurs ou décadrages. Des œuvres  récentes du Zurichois  (Dawn in the Basement, Crowd, Detroit in Berlin / Colour-Wheel and Optical Apparatus) incorporent des travaux précédents comme matériaux (en les modifiant) des nouvelles œuvres. Surgit une poétique des formes et des lumières à mi-chemin entre artificialité et effet de réalité. Des plateaux de clubbing, des plates-formes de médias numériques et les dessins d'architecture  alimentent l’œuvre en tant que machines de vie contemporaine. Exemptes d'humanité elles retrouvent une fulgurance plastique.

 

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Cérébralité et sensualité se marquent chez l'artiste de protocoles lexicographiques afin - et paradoxalement - de faire descendre la mentalisation du côté du corps à travers un morcellement, un amoncellement et surtout un puzzle  de sensations-réflexions qui touche au quotidien et sa critique aussi radicale qu’ironique.  L’image est soumise à un double procès : celui des choix à faire au sein de la "relation" au réel et celui des suites à établir entre ses éléments qui constituent la vie de tous les jours. Plus que de rechercher une forme d'équilibre Thomas Julier capte des disjonctions paradoxalement « inclusives ». Elles deviennent une sélection d'éléments significatifs : visions fugitives, approche du factuel et de l'immémorial. Chacune d’elles annonce une occlusion sur la variable du temps afin de faire surgir - entre l'émerveillement et la blessure - une ouverture « maritime » pour un embarquement immédiat vers l'inconnu.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

Marie L : résurrection

 

 

 

 

Marie L 3.jpgMarie L, « Ni fleurs, ni couronnes », Editions Collection Mémoires, Paris, 2014.

 

 

Il n’y a plus accroc dans la soierie du corps que Marie L suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de ses œuvres.  Jadis un ogre la tira par les pieds.  Malaxant sa terre pure il voulut  y planter sa tente. Devant sa grotte l’ogre paradait en habit d’officiant. Mais l’artiste ne croit plus à ses orgues à prières dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre. De l’ogre elle ne redoute plus le tonnerre. Elle est enfin sortie de son propre théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds chaque soir pour se photographier dans un local à poubelles en craignant que des voisins la surprennent. Elle ne pâtit plus de l’interdit en s’en imposant de plus terrible.

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Marie L s’était perdue. Du moins croyait-elle l’être. Désormais son corps et ses images renaissent.  Elle y avance masquée mais libre. Sortant de la souillure son vertige optique n’est plus jumeau de la nuit. L’image retrouve ses couleurs, la louve devient lionne. Elle monte l’escalier, son corps vogue lentement dans un clair-obscur volcanique. Le présent ne se déduit plus du passé. Une montée engendre un recueillement, une attente. L’ogre, le pervers narcissique et passif est vaincu.  La femme glisse muette loin de lui sans mots dire ni le maudire : il serait trop content.

 

 

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:48 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

30/03/2014

Scagliola & Meier: l'anarchie du clair-obscur et la dérive des genres

 

 

 

Riri.jpgLa modification ludique des genres permet à Rico Scagliola et Michael Meier de rester fidèles au pur esprit dadaïste. Les photographies du duo expriment une crise de l'être et plus encore de la société dans une vision d'un "moi" qui n'est pas lui sans être totalement l'autre au sein d'un espace qui navigue entre la féerie et l'humour. Les deux genres humains sont mixés et confrontés au sein de manœuvres propres à brouiller les pistes  par des artifices visuels de mise en scène. Le "genre" n'est donc plus impératif. Il s'éteint, il sombre. L'image ne donne plus de l'être tel qu'il est identifié socialement. Elle signifie son éloignement de la programmation pour un devenir plus intense.

 

 

 

Riri 2.pngAu lieu d'être affectés par la disparition de la classification classique les deux artistes s'en amusent. Le genre est non seulement malmené : il est dégagé du mécanisme de contraintes étouffantes. Le leurre ouvre à leurs déliquescences. Dans l'anarchie du clair obscur se retrouve un au-delà ou en deçà de ce que la "nature" à plus ou moins mal tranchée. Les œuvres conduisent donc à un  lieu ontologique et esthétique éloigné de ce qu'on appelle communément la psychologie. Les modèles échappent à la fatalité programmée pour atteindre  une liberté. La première n'est plus imposée par une loi sociale de distinction. Par sa dérive le genre permet  donc d'approcher une image flottante ouverte sur une question  qui se veut non seulement une expérience des limites mais une mise en cause d'une fixation au profit de l'avènement de l'incertitude capable de produire une vision divergente. Elle accorde une forme nouvelle aux existences plus hybrides qu’on ne le pense.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret