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10/02/2014

Folles du logis et conduites forcées au Musée de l'Art Brut

 

véhicules.jpgVehicules – collection de l’Art Brut,  Commissaire d’’exposition Anic Zanzi, Lausanne.

 

Michel Thévoz et Anic Zanzi, préface de Sarah Lombardi, Véhicules, Lausanne/Milan, l’Art Brut/5 Continents Editions, 2013, 168 pages.

 

Anic Zanzi, Véhicules d’Art Brut, Anic Zanzi, Paris, Editions Thierry Magnier, 32 pages

 

 

 

 

Regroupant plus de 200 œuvres de 42 auteurs aux techniques, matériaux, langages différents l’exposition propose des véhicules qui gardent des liens autant avec l’enfance qu’avec l’idée de puissance. La surface des carlingues acquiert de la profondeur et le vide du temps un poids. Motooka Hidenori, David Braillon, Gregory Blackstock  ont fait du véhicule l’unique sujet décliné de manière maniaque et une nécessité compulsive d’organisation. Chez Willem Van Genk la thématique est moins obsessionnelle mais sont mis en exergue les notions de déplacement et de danger. André Robillard, Erich Zablatnik deviennent les utopistes de machines de demain. Clément Fraisse, Auguste Forestier, Sylvain Lecocq trouvent là le moyen d’une évasion à leur enfermement. Tous se livrent à  une simulation de la vie,  la jouent dans ce qui est bien plus  qu’un vaste canular figuratif face au spectacle routinier de leur existence.

 

 Confusément ou non ils ont compris que celui qui est pris en le temps creux et l’immobilisation dans le cockpit d’un véhicule s’invente des fictions en un cinéma personnel. Il échappe ici à tout contrôle afin de créer des moulages particuliers de l’imaginaire. La mosaïque d’apparitions évaporées et de fantasmagories aux fleurs inédites permet au spectateur de se retrouver confiné en face à face avec lui-même. L’objet migratoire et symbolique (on se souvient des analyses de Barthes sur l’automobile en tant que substitut ou prolongement du pénis) devient lui même un voyage.  Le visiteur s’y perd selon un mécanisme mental  que la maison (en désordre ou non)  de son être ne pourrait lui donner. Au Musée de l'Art Brut l'imaginaire sort du garage et fonctionne plein gaz 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

07:33 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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