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31/01/2014

Philippe Decrauzat : l'abstraction et après

 

 

 

Decrauzat.jpgPhilippe Decrauzat, "Le Magasin", Grenoble du 8 février au 4 mai 2014.

 

 

 

Les diverses propositions esthétiques de Philippe Decrauzat créent des vertiges : la contingence s’y efface. Le circonstanciel devient sans importance puisque une réalité autre - mais ici même - s’étend . Nourri des divers héritages des arts abstraits du XXème siècle (du constructivisme russe au minimalisme en passant par le cinétisme) l’œuvre du Lausannois instruisent divers jeux d’optique en une nouvelle dialectique entre la peinture et le réel dans l’esprit d’un Sol Lewitt et parfois de Roy Lichteinstein  pour l’effet miroir-critique. Le travail s’apparente à la création d’images mentales chargées toutefois d’un large spectre d’émotions visuelles par tous les systèmes de projection et de plans que l’artiste organise jusqu’à épuiser le regard vers la synthèse du visible et de l’invisible,  voire du conscient et de l'inconscient. Dans la réduction extrême mais aussi la complexité des structures le décor tourne. Surgit la totalité d'un monde, réel, absolu, sans extérieur, un monde infini dans sa réduction et où la platitude fait le jeu de la profondeur.  Parfois le presque noir d’une fausse ombre  prolonge le temps à l'infini dans un non-lieu. 

 

 Decrauzat 2.jpg

 

La solennité tient un très grand rôle dans ce dispositif même si l’œuvre refuse  toute dramatisation ou narration et ne renvoie qu’à elle-même dans les labyrinthes de lignes, plans et  pans. Décalé, le réel plutôt que disparaitre et s’estomper  se prolonge. L'image épouse le temps et l’ombre du monde en une rythmique étrange, sensorielle : «quelque chose suit son cours" qui ne peut s'arrêter et dont l’œuvre est l’élan. Avec Decrauzat l’art échappe à une vision déceptive dans laquelle les approches plastiques sombrent par facilité ou manque d’énergie et d’imagination.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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