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29/01/2014

Le paysage et son double : Jérôme Leuba et la question du point de vue

 

 

 

 Leuba 2.jpgJérôme Leuba, Battlefield, JRP|Ringier, Zurich, Néon Parallax,  Genève, « Pic et Terre » (en collaboration avec Yves Mettler), Blancpain Art Contemporain, Genève, jusqu’au 15 mars 2014. 

 

 

 

 

 

Avec l’artiste genevois Jérôme Leuba l’image souvent hybride descend de l’univers de l’ineffable vers une remémoration particulière. S’y puise non le miroir illusoire de l’être mais la résurgence de ce qui reste arrimé à son inconscient et que l'embarcation de la nuit berce de sa cargaison chimérique. Au seuil de l’insomnie l’image mesure le lointain qui sépare de paysages où la maison de l’être pourrait trouver son assise. Il faut donc suivre le voyage  de l’artiste « pas à pas nulle part » (Beckett) entre des brumes et des quadrillages. On marche sur les eaux, avec au loin des toits à la dérive où résonnent des signes de repérages. Ils  peuvent sembler cabalistiques ou froids et de l’ordre de l’enquête plus de la quête. Mais toute la force de l’œuvre est là. Comme le français Andoche Praudel Jérôme Leuba joue (sérieusement) avec le paysage et ce qu’il rameute en passé comme en nouvelles propositions.

 

 

 

A l’aide de divers supports - photographies, vidéos, performances et installations –  son travail le plus important se décline sous le titre générique « Battlefield » (champs de bataille). Celui de Verdun transformé en parcours de golf, ailleurs des consignes de survie en zone de guerre réglées à la manière d'un ballet chorégraphique, ou encore une série de bagages innocemment abandonnés sur le sol d'un musée deviennent des moyens de travailler le paysage et surtout le point de vue qu’on lui accorde. Explorant la légende de zones de pouvoir ou de guerre comme les espaces d’usages et de contraintes Leuba montre comment les forteresses vidées de leur puissance fantasmatique fonctionnent. Là où il n’aurait pu être question que d’enlisement et de défaite, là où l’être était contraint et forcé, Leuba refuse de patauger et de tourner en rond. Le regard butte à nouveau sur ce qui ne méritait plus  ou ne mérite pas le nom de paysage. « Battlefields» ne règle pas de compte il permet de classer, ranger sans détruire le paysage. Ce qui l’entravait et ce qui le salit devient l’objet d’une leçon de sagesse sous forme de véritables dossier poétiques. Il n’étonne pas chez un créateur qui sait toujours trouver au sein des chaos du monde des raisons d’espérer et de le montrer.

 

 

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

 

 

09:44 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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