gruyeresuisse

19/01/2014

Izet Sheshivari l’exorciste ou le livre avenir

 

 

sheshivari BON.jpgIzet Sheshivari, "Les livres dont vous n'êtes pas les héros", Boabooks, Genève.

 

 

Izet Sheshivari propose dans son coffret un  déplacement du concept "livre". L'objectif est de proposer une nouvelle confrontation communicante avec l'objet dont l'artiste propose quatre exemple. Le corps des livres devient proche et lointain dans une mise en scène drôle et intelligente. Avec  "The Getaway" le texte est présenté uniquement dans l'en-tête et le pied de page. Le reste de la page demeure vierge. Dans "Macadam Cow-Boy" l'image est mise à mal au moyen d'un jeu de feuilletage qui la tire de ses fers. Textes et icônes échappent au regard pour mieux le forcer par des stratégies obsédantes et fascinantes.  Advient une apparente chute de la perception au moment où on ne peut plus lui échapper. Rien ne sert de résister, la lecture devient une conduite forcée afin de savourer  dans l'écart la substance même de l'intimité textuelle et iconographique.   L'histoire n'existe presque plus, l'image idem là où le vide impose un nouveau pacte de lecture. Le support  pousse au précipité. De douceur en abyme,  de fragments en lacunes, le lecteur glisse en divers écarts.  D'antre,  hymen, membrane le livre devient un puzzle. Il annihile le chemin de la crédulité et du respect qu'on lui accorde. Sheshiravi détruit l'absurdité qui entoure un objet devenu religieux par l'accoutumance pluri centenaires qu'on lui a accordé. Il le nettoie de son auréole magique non pour le perdre mais l'encourager à de nouvelles hardiesses. Bref par ses exorcismes il le sort de son lent calvaire qui se termine devant une sépulture vide comme l'imaginaient les iconoclastes qui espéraient pour un tel support une fin plus juste. De Georges de Cappadoce aux Dadaïstes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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