gruyeresuisse

31/12/2013

De l’autre côté de la frontière : Dieudonné "l'infâme" - censure et consensure

 

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Dieudonné, « Le Mur », Théâtre de la Main, d’or, Paris, jusqu’en juin 2014.

 

 

 

En France la censure n’existe pas. Le racisme non plus. Preuve du tout-couleur : le célèbre sondage repris de concert chaque année.  Au hit-parade de la popularité le pays place au sommet son bon noir (Omar Sy), son bon arabe ( Jamel Debbouze) . Ils restent les parangons du comique bon chic, bon genre sans comprendre que l’autodérision dans laquelle ils s’exhibent n’est qu’un pare-fumée. Ils servent de caution à l’évangélisme et sont  l’équivalent actuel du « bon sauvage  mississipiesque » .

 

Quant à ceux qui ne jouent pas dans le même registre c’est une autre histoire. Dieudonné est à ce propos un cas d’école. Face à lui l’ordre des maîtres moralisateurs se résume au seul diktat  « Ecrasons l’infâme ». L’artiste ne voulant accepter le moindre acte de contrition il est devenu le monstre, l’indien sortant de sa réserve. Il traitant le  mécanique des fluides du discours officiel  à l’huile de vidange de sa vis comica. Manière de rappeler que leGillette à trois lames (télé, radio, gazette) de l'idéologie française rase le gogo jusqu’à ce qu’il soit chauve à l’intérieur de la tête.


Sous prétexte de son antisémitisme sont vilipendées toutes les luttes de l’artiste envers des néo colonisations rampantes. Par exemple pour les nouveaux humanistes de façade, - et n’en déplaise à Soulages - le noir n’est plus une couleur. La revendiquer serait « auto-déclaratif ».  Bref le noir s’efface en 136 nuances. Elles ne sont que les éphélides d’une société qui feint de les soigner.

 

Dieudonné met donc à nu le « off »,  coupe court aux canonisations et béatifications. Il affronte  des douleurs que la société française refuse d’entendre. Elle ne supporte pas cette voix dissidente et veut lui imposer le silence. Ce faisant, les Tintins au Congo transforment le comique en un Saint Sébastien.  Il sait tirer profit de son martyr. Aux haches répond ses flèches. Et le footballeur Anelka  mériterait le Ballon d’or  pour son acte de fidélité envers Dieudonné : il rappelle aux donneurs de leçons ce qu’ils reprochent à l’artiste : remplir de bien basses besognes sans la moindre vergogne.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Les Indiens sont dans la ville, cher Monsieur. A la guerre, il faut donc jouer. Et comme je déteste la guerre (suis-je une fille:))) , je n'aime pas Dieudonné et ses haches guerrières. Trop radical pour moi, trop de haine, trop démagogue et surtout irréconciliable avec notre système pourri. En fait, l'interdire c'est lui faire honneur de ses injures. Sur le champ de bataille, on y meurt tous en ronron. Lui est peut-être Cheyenne ou Coyotte. Je suis Sioux. Entre Indiens, on se fait aussi la guerre des mots et des maux:)

Vous le défendez, et je trouve que votre démarche est courageuse. Bien à vous. Tous mes voeux en cette année 2014 dite des "tranchées médiatico-politiques". Il y aura des morts symboliques (espérons que cela ne soit que symboliques) par millions en cette année de grande boucherie littéraire...

P.S. Merci de votre remarquable et remarqué billet sur l'oeuvre godardienne.

Écrit par : pachakmac | 01/01/2014

Liberté d'expression oblige . L'auteur a le droit de s'exprimer . A mon avis il n'est ni dans la ville ni en Dieu Donné mais en critique joueur de mots et metteur en scène d'un Saint Sébastien de comédie .

Écrit par : Villeneuve | 01/01/2014

vous êtes 'indien', dites vous, ​cher monsieur PachMicmac​ ​,​
alors ​au nom de quoi avez vous envie de bâillonner Dieudonné​ ​?
je n'aime pas ses outrances, je ne partage pas ses idées, mais j'aime trop la liberté pour souhaiter interdire un discours;​ pourquoi ne vous élevez vous pas tout autant contre ​cet humour 'noir', irrévérencieux et vitriolé, ​quand il s'agit de Pierre Desproges, ​Guy ​ou​ Nicolas Bedos, Gaspard Proust …("On ne m'ôtera pas de l'idée que pendant la dernière guerre mondiale de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi" Pierre Desproges)​
c'est justement parce qu'ils ​vont trop loin et qu'ils ​nous dérangent qu'ils sont indispensables à notre vitalité mentale​ et à notre esprit critique​;​ ​la censure ​est une vision étroite et sans humour, donc sans recul,​ qui rabaisse tout le monde, censeurs et censurés.
​continuez à user de la parole et de l'humour, cher monsieur l'indien, c'est ce que l'homme a de plus précieux !​

Écrit par : mississipi | 08/01/2014

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