gruyeresuisse

24/12/2013

Femme et moteur, joie et douleur : Jean Fontaine

 

Jean-Fontaine Bon.jpgExpositions en cours : Musée Ariana, Genève jusqu’au 16 février 2014, Galerie Humus, Lausanne, jusqu’au 15 février 2014.

 

 

 

Plus que quiconque Jean Fontaine sait que seule l'invention poétique permet de prévenir la destruction imminente. C'est pourquoi même lorsqu'il construit ses monstres mi-êtres, mi moteurs par l’entremise de diverses matières il poursuit une visée rédemptrice. Formellement accomplies ses œuvres hissent dans un univers supérieur à celui de la science-fiction telle qu’elle se décline communément. L’ustensile consumériste (le moteur) ne lui a pas échappé mais seule la poésie est en acte dans une statuaire du corps à corps où l'éloquence visuelle, le velouté des surfaces, le mouvement et les directions des formes, le jeu des vides invisibles, la vulnérabilité paradoxale dominent. Les matériaux âpres et durs agencés pour un effet de souplesse et de légèreté démentent leurs composantes.

 

L'aventure est spectaculaire d’autant que le recours à l'acier n'est pas là non plus pour offrir une version post pop du fétichisme de l'objet. L'artiste recherche une économie symbolique des signes de notre époque en les réduisant à l'état ludique  mais où perce  quelque chose de sérieux voire de tragique. Ses hybrides sont  en effet axés sur le vivants bien que liés  aux dures contingences des matières. Néanmoins cette fidélité au matériau est éloignée de la simple compréhension formelle du principe moderniste de la vérité des matériaux. Elle se rapproche davantage des bases du travail d’un Tony Smith mais là où l’américain cultive le minimalisme abstrait Fontaine se rapproche d’une forme de « surréalité ».

 

Chaque « objet » devient un vestige et un état naissant ou, pour reprendre une expression de Giuseppe Penonne, « un point de vie et un point de mort ». L'artiste donne une dimension à la fois heuristique et technique à une recherche productrice d'une connaissance à la fois intime et inconnue. La sculpture reste le champ de fouille à la fois du temps d’où est surgi l'objet manufacturé base pour la sculpture et de celui du créateur dont l’imaginaire anticipe le futur.  Jean Fontaine crée donc des fables pénétrantes, perturbantes, des icônes primitives du futur. Demeure un presque déjà vu mais aussi et surtout un pas encore advenu qui à coup sûr ne peut qu’interroger voire inquiéter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:17 Publié dans Fiction, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Fabuleuse cette oeuvre. Cette femme carburant.
Son nom peut être Hydro-Carbure ou Catalepsie.

Écrit par : musika | 26/12/2013

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