gruyeresuisse

22/12/2013

Les mises en scène du vide d’Alexia Walther

 

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Par ses scénographies la photographe Alexia Walther ne cherche pas à rassembler un monde mais à le défaire.  Surgit une discontinuité douloureuse et pleine d’ennui loin de toute consolation possible.  L’image n’engendre plus d’ivresse : elle ne fait que souligner de manière rituelle une souffrance qui ne se reconnaît plus pour telle mais emplit l'espace de sa sourde mélopée par une poétique particulière. Y demeure une force sourde. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose l'être par l'assaut réitéré de lambeaux physiques (corps avachis ou plus simplement décadrés)  dont toute âme semble avoir disparu. Les scènes (sauf dans des cas limites) ne sont pas vides mais les personnages en deviennent des acteurs absents. Le vain déploiement des actes ne peut que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu même si on imagine là un son de flute, là un slow sorti d’un matériel audio.

 

 

 


L’artiste devient la naufrageuse de nos actes rituels ou quotidiens. L’art ne cherche plus la vie et devient indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.  On peut soudain regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre.  De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail de dépouillement. La Genevoise refuse le piège "descriptif" comme elle refuse de faire vibrer l'écume d'un simple désordre émotif des mouvements du quotidien. Loin des effets de nostalgie de prétendues d’heures exquises qui grisent, l’oeuvre en ses structures est comme projetée contre le silence dans une sous-tension essentielle.  Elle amplifie un acte de résistance qui  possède la  force de décréer le réel de tous les jours  pour en faire - d'abord -  une musique du rien.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:09 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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