gruyeresuisse

21/12/2013

Les métamorphoses de Carmen Perrin

 

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D’origine bolivienne Carmen Perrin est devenue genevoise après des séjours à Marseille et Londres. La plasticienne s’est fait connaître pour ses sculptures mais elle a vite évolué dans des contextes paysagers qui relient  la lumière, les matériaux et les qualités architecturales et sociales de l’espace public. Elle crée des images pénétrantes, perturbantes. Par exemple dans un  quartier de logements à Affoltern appelé le Wolfswinkel (le coin du loup) elle a incrusté dans le parc une empreinte de patte de loup de 14 mètres sur 10. Les gens peuvent s'y installer, s'y coucher.  Elle a placé dans un local attenant une machine pour dessiner des empreintes sur un sol mou. Le public peut les utiliser dès la première neige tandis que des haut-parleurs presque invisibles en haut des colonnes s’enclenchent chaque nuit de pleine lune à 24 h comme si le cri du loup s’élevait soudain.

 

Le potentiel mimétique des objets, leur éloquence visuelle, le velouté des surfaces, les directions des formes, le jeu des vides participent à un effet miroir particulier. Contre les feintes de proximité l’artiste déclare « il faut toujours garder la distance juste qui n’est pas une marque fixe car elle ne cesse de se déplacer. Voilà comment je conçois le rapport à l’autre: ne jamais imposer ce que je suis, me mettre en danger, tenter des distances différentes liées à ce que je vis, à ce que je comprends. C’est ce que j’essaie de faire en tant qu’artiste.»  Elle y parvient en construisant des dispositifs qui produisent des traces et un  travail de la matière.  Elle a par exemple modifié il y a quelques années des collections de Paris Match  de son enfance en perçant des trous à l’emporte-pièce à travers l’épaisseur du papier afin de proposer une narration particulière et personnelle où chacun peut se reconnaître. L'« objet d’art » devient un vestige et un état naissant. Y joue ce que Giuseppe Penonne nomme « un point de vie et un point de mort ».  

 

Carmen Perrin impose une dimension à la fois heuristique et technique à sa recherche. Adhérence, pression, lecture visuelle, auditive et tactile en dehors d’un effet de  métaphore proposent divers « objets » presque déjà vus mais tout autant pas encore advenus. Comme par exemple son vinyle énigmatique où émerge un développement géométrique des formes afin de solliciter l’imaginaire du spectateur.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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