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17/12/2013

Le Divisionnisme suisse plaque tournante du mouvement

 

divisionnisme p. couv..jpgdivisionnisme g  giacometti.jpg« Divisionnisme – Couleur maîtrisée ? Couleur éclatée ! », Fondation Pierre Arnaud, Crans Montana et  Hatje Cantz, Ostfildern, 295 pages, 2014.

(tableau de G. Giacometti)

 

 

Né en 1880 le Divsionnisme se situa en rupture avec l’Impressionnisme. Seurat et Signac en furent les fondateurs et théoriciens. Ce mouvement trop oublié eut une importance capitale. Plus qu’en France, Belgique et Italie il prit en Suisse tout son essor. Du côté du Tessin (Edoardo Berta, Pitro Chiesa, Filippo Franzoni, Luigi Rosi) et à Genève avec Alexandre Perrier.  Paysagiste des décors montagneux (du Pic de Marcelly au massif du Mont Blanc)  ce dernier structure en atelier ses esquisses prises sur le motif. Dans cette transposition ses œuvres vibrent d’émotions très personnelles. Sa peinture devient la recherche non d’une reproduction mais de l’essence du paysage. Quant à Giovanni Sagentini et surtout Giovanni Giacometti ils deviennent les maîtres du genre. Proche du premier - encore influencé par le post-impressionnisme - le second va explorer de nouveaux champs d’analyse en des touches de couleurs complémentaires juxtaposées que Hans Torg définit comme « claires et claironnantes ». 

 

Avec Cuno Amiet le divisionnisme prend une autre acception. Il en retient la structuration fragmentée de la forme et de la couleur mais il la lie à un synthétisme proche de Gauguin. Amiet en perfectionne la technique d’éclatement au moyen de « tirets » très contrastés. Là encore il s’agit de faire vibrer la nature pour en intensifier la beauté mystérieuse.  Le peintre « tord » les couleurs  dans l'appel de ce qui va jaillir.  En sortant le paysage du décor il s’enfonce dans une recherche désespérée faite de tensions, de pulsions qu’il pousse parfois vers le sombre afin de gratter la pellicule du monde ou d’en retourner le matelas. Quant au Vaudois Albert Muret ami d’Auberjaunois et Ramuz il rechercha dans le Valais des paysages où il transposait les conditions de vie pénibles des paysans.

 

De l'ensemble deux peintres dominent. Edoardo Berta (inspirateur du courant divisionniste italien) reste le coloriste le  plus « moderne »  et Giovanni Giacometti le narrateur capable d’offrir une  humanité rare à ses toiles.  Chez le premier chaque point de couleur se veut acte de transfiguration. Qu'importe s’ils semblent illusoires : quelque chose avance contre le factice de l’apparence selon des lois poétiques propres au "piétonnier à la recherche de sa vérité".  Pour Giovanni Giacometti l'existence reste consubstantielle à l'art. Il le pratique sans abdication mais avec le sentiment d'une dérive ou d'une descente vers ce qui n'est pas encore la mort mais qui ressemble à son approche. La peinture est donc le contraire de ce qu'on veut en faire : une rêverie. C'est à l'inverse un exercice de lucidité dans lequel l’art anticipe ce que les images du monde ont à montrer lorsque le regardeur sera capable des les comprendre.

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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