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11/12/2013

De traces, d’ombres et d’ironie : les singularités de Nicolas Crispini

 

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Nicolas Crispini, « Les livres de photographes – un musée de papier pour l’image », Bibliothèque d’art de d’archéologie de Genève, novembre 2013 -  Mai 2014,  « Le jour tombe », Leporello, chez l’artiste, Genève,  2013, « Usages du monde et de la photographie. Fred Boissonnas » en collaboration avec Estelle Sohier, Georg, Genève, 2013.

 

L’univers de Nicolas Crispini semble très diversifié du fait de ses approches successives. Récemment dans « Tracés » il offre par ses prises un relevé particulier. Il ne se contente pas de photographier les anciens glaciers. A l’aide de son GPS il les localise et enregistre son passage puis le dessine sur ses photos. D’où l’aspect dédoublé de la montagne. A la ligne de crête s’adjoint celle du parcours.  Avec « Présences » le photographe explore l’ombre humaine à travers celle de sa silhouette portée sur divers types d’espace. Celle-ci devient opaque ou translucide, simple ou complexe, drolatique ou monumentale, unique ou démultipliée. Le corps tel qu’il est suggérer dilate ou concasser l’identité. Comme dans « Tracés » il s’agit de marquer un passage de l’être plus que ses territoires empruntés. Temporalité et espace ne cessent d’être expérimentés par ces portraits dérobés, ces lignes décalées. Ils tournent parfois à un humour surréaliste lorsque l’artiste propose la vision de ses concitoyens. Là encore ses photographies ne vivent plus de ce qu’elles reproduisent du réel mais de ce qu’elles en re-produisent. Il s’agit de sortir le médium du témoignage comme de l’émotion mémorielle ou événementielle.

 

Chaque série est jalonnée dans ce but d’habiles détours. Elle devient autant la traversée du réel que du langage photographique. Nicolas Crispini y slalome au gré d’une recherche enjouée et allègre. Il prouve que si elles ne sont pas sclérosées dans la recherche d’un effet de réel stéréotypé les photographies créent une multitude de paysages en un désordre organisé que l’humour fait tanguer. Le médium devient une eau limoneuse qui parfois fait flaque et parfois file droit. Elle peut charrier des masses d’ombre, des carcasses imprévues. Photographier revient à produire un lit semblable à celui d’un glacier ou d’une rivière à la limite entre l‘air et l’eau, de la réalité et de son aura. L’œuvre expose donc le regardeur à l’énigme de l’espace et du temps. La visibilité devient un état liquide où le réel se tord, s’approfondit, se libère. La sensualité prend des tournures particulières lorsque l’artiste détruit les mythes culturels pour prouver qui ni la certitude, ni le fantasme ne les déterminent. Les photographies restent donc pour Nicolas Crispini des insomniaques rêveuses. Il faut apprécier leur pouvoir sur les lieux, sur les êtres et leur chemin.  A la peau fuyante du réel et du présent  l’artiste offre un tatouage qui est une leçon de chose et une philosophie de l’existence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:46 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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