gruyeresuisse

13/11/2013

Sergio Libis et les mirages de l’identité

Libis 1.jpgIl existe, au sein de l'art de la photographie de mode, diverses logiques. Celle de Sergio Libis est capable - paradoxe dans un monde où le diktat du marketing est la seule loi -   de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation. Dans ses portraits le visage est plus dans qu l'image. Le natif de Saint Gall avait en effet compris très vite combien la photographie pouvait devenir le centre de toutes les ambigüités. Et ses fascinantes campagnes publicitaires pour Pirelli, Olivetti, Alfa Romeo, Citroën, Bosch, Giorgio Armani et Prénatal ont marqué l’apogée de la carrière du photographe suisse.


Sergio Libis inaugura son propre atelier de photographie professionnelle en 1962. Passant de son pays natal à Milan, il  se consacra aux natures mortes, à la mode et à l’image publicitaire en général. Mais avec lui la photographie de mode changea radicalement de paradigme. Elégantes et d’un graphisme structuré ses photographies surprennent toujours par leur modernité et leur audace. La femme en surgit libre d’autant que le photographe a compris comment le visage, plus que miroir, est devenu un lieu de mascarade et de falsification de l'identité.

 

 

Seule dans ses portraits la "visagéité"  l'intéresse : à savoir la nature qui souligne la fausse évidence des figures. Souvent elles semblent vouloir échapper à la photographie tout en la désirant mais en rusant avec elle. La vérité du visage est donc un leurre que Sergio Libis (comme Man Ray avant lui et Avedon plus tard)  a compris. Il a su faire éclater les masques en prouvant que tout photographe est celui qui se met en quête d'identité. Le photographe  l'arrache à la fixité du visage pour la  plonger vers l'opacité révélée de son règne énigmatique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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