gruyeresuisse

30/10/2013

Kira Weber, poésie, surfaces, profondeurs

 

 

kiraweber.jpgL’œuvre plastique de Kira Weber creuse le cœur des choses par effet de surface en apparence réaliste. L’imaginaire reste néanmoins l’espace privilégié de cette exploration au carrefour du monde extérieur (réalité) et du  monde profond (réel). Convaincue qu’il y a non seulement une face cachée  des choses mais que cette face cachée est nécessaire à leur être, l’artiste se situe à la charnière entre deux mondes comme elle-même voyage entre sa Suisse natale et la Crête. Elle répond à ce que Max Milner évoque  dans "L'envers du visible" :“ Que voit-on de l'ombre ? Dans quelle mesure l'ombre affecte-t-elle la visibilité du monde et son intelligibilité ". La créatrice explore donc les envers d'une réalité a priori évidente mais dont la face lumineuse ne contient pas tous les secrets.

 

Surgissent de l’œuvre la tendresse et l’intimité la plus pudique qui soit. L’atmosphère créée accorde une ressemblance à ce que nous ignorons encore. Il ne faut donc  pas chercher ailleurs dans l’ailleurs mais ici-même. Armée d’une technique rare et d’un sentiment extatique de la vie l’artiste  ne pousse pas le réel vers le ciel mais le rapproche d’une hantise dont elle tente de découvrir un certains nombre de plis cachés dans le recueillement et afin de rendre un peu moins incohérente la condition d’exister.

 

Loin de tout lyrisme Kira Weber se « contente » d’aller vers ce qui, se re-créant, ne se pense pas encore. Sans clinquant son œuvre impose son charme ou plutôt sa sidération. Elle représente autant l’inverse du luxe de pacotille que de la réserve de l’avarice. Elle avance dépouillée, libre, chargé du seul désir de vie mais garde plus de connexions avec les parfums du monde qu’avec des respirations lascives.

 

Kira Weber.jpgKira Weber touche juste.  Elle traverse les narrations induite dans ses natures mortes en victoire sur le temps. Son œuvre est autant réaliste que paradoxalement fantastique. L’artiste y jouxte le silence, le  fait reculer  non dans la proximité du lointain mais dans le lointain de la proximité. Dégageant ce qui est de l’ordre du spectacle et de l’évènement, elle touche au mystère du réel.  Ne cherchant ni à distraire ni à instruire, elle inquiète la vision en sondant l’obscure clarté du monde dans l’attente d’un paradis sur terre mais en toute lucidité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 Kira Weber, Galerie Patrick Cramer, Genève, du 9 novembre au 21 décembre 2013.

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