gruyeresuisse

25/10/2013

« L’Ombre de l’Art » du plaisir qui tue à celui qu’on assassine

 

OMbre 2.jpg« L’Ombre de l’Art »  , Le Commun /Bâtiment d’ art contemporain, novembre 2013, Rue des Bains, Genève, Projetphoenix.ch

 

Rien de mieux pour présenter une exposition modeste mais en tout point exceptionnelle  du Commun que la fameuse phrase de Beckett «  ce que j’ai fait est peu mais je me serais contenté de moins ». « L’ombre de l’art » surprend en effet par sa simplicité, sa radicalité et sa rigueur. On n’est loin de l’ostentation chère aux muséographies contemporaines. Le « spatialisme » est remplacé par le spartiate. Mais on ne s’en plaindra pas. Au contraire. Il ne faut surtout pas se laisser rebuter par les apparences et saluer d’abord le commissaire d’une telle approche : Richard le Quellec. L’exposition pédagogique et documentaire  dresse un  panorama de projets dont l’échec est le centre. Ils sont regroupés selon 8 thématiques  dont 7 sont négatives (ce sont d’ailleurs les plus intéressantes) : « non réalisés, inachevés, ratés, censurés, détruits, copiés, glorifiés, dénigrés ».

 

Pour chaque thème : un texte de base présente  le sujet. Il le survole et renvoie pour plus de détails à différents ouvrages numérotés et mis à disposition sur les tables d’école. Chaque thématique est définie par une couleur. Elle est aussi utilisée pour baliser les documents, afin de faciliter la navigation du visiteur.  A titre d’exemple pour la rubrique « ratés » Houellebecq  est appelé à la rescousse :  « …ce qu’il faisait j’aurais été incapable de le faire». L’ensemble des documents et références montre comment l’échec revêt une signification particulière pour celui qui s’investit corps et âme dans une œuvre.  Certains artistes  - comme le voit ici - ont d’ailleurs astucieusement fait du ratage l’objet même de leur œuvre : Julien Prévieux avec Lettres de non-motivation, Robert Filliou avec  La Fête permanente.

 

 

OMBRE 3.jpgAu moment où tant d’exposition plonge dans la facilité, Le Quellec a donc  réfléchi  sur le concept d’ « œuvre-exposition » pour explorer ceux du ratage ou de l’échec à savoir les plus subjectifs qui soient. Pour le prouver il a œuvré moins dans la quantité que dans la qualité. Ses choix forcément subjectifs  restent propédeutiques dans un lieu  monacal qui incite au repli et à la réflexion. A ce titre l’exposition ne reçoit pas  tout l’écho qu’elle mérite. Mais La Quellec ne s’en plaindra pas  «  le monde de l’art a toujours aimé ses ratés » dit-il. Néanmoins l’exiguïté du lieu et des moyens ne doit pas empêcher de dresser les lauriers qui lui reviennent. Le commissaire mène dans une forêt de signes et d’images où les repères se brouillent. S’y découvrent des trajectoires insolites que les tumultes de l’histoire ont menées sur les chemins de la destruction, de la censure. L’ensemble prouve que la plus simple image n’est jamais simple. Pour l’atteindre et comme l’écrit Baudelaire dans « La mort des Artistes »  (repris dans un texte liminaire d’un chapitre de l’exposition)

«  Il faut user son corps en d’étranges travaux»

Dans un plaisir qui tue parfois. Ou parfois qu’on assassine.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Commentaires

j'aime. Et cet article. Elle est. Ver. Lampyre des sens. luciole a terre. A t elle tord. Ce n'est pas de sa faute.D'être ailes que l' air assassine. Dans sa vie empêchée l'artiste coule t'il au rythme de torture de soulagements. vie qui aime tellement perdre son temps. Sur ma peau des ratures. Entre elles un espace où le silence réfléchit. parfois le bruit fléchit. Et dans mon asile le coeur et son double n'ont plus besoin que j'écrive. N'ont plus besoin d'être vu.

Écrit par : musika | 25/10/2013

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