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16/10/2013

Le brutalisme de Le Corbusier solution pour une période de crise ?

 

 

Le corbusier 2.jpg« Le Corbusier et la question du brutalisme », LC au J 1, Marseille, du 11 octobre au 22 décembre 2013.

 

Pour Le Corbusier toute architecture devait  garder en elle une valeur de laboratoire. Elle ne  se limitait pas au rôle de marqueur de l’ostentation et du prestige. Son « brutalisme » avec l’utilisation des matériaux « natures » en fut un des signes. Dans son utopie le créateur inventa  par cette sévérité des édifices aussi sobres que délirants. Ancré dans son époque et de ses problématiques, l’architecte y répondit selon des soucis esthétiques mais tout autant sociaux.  L’humain restait le centre de son travail : c’est pour lui que le Suisse demanda à tout architecte d’anticiper  le monde afin de se poser la question de l’être et du lieu. D’où la création - et la « Cité Radieuse de Marseille » en demeurera le modèle – d’espaces inédits par la déstructuration de lieux existants.

Arrimé à l’ambition d’un devenir humain il proposa donc  une nouvelle dynamique afin que le regard ne soit pas seulement absorbé par une enveloppe. Celle qui mange au lieu de servir l’objet même pour lequel elle est conçue : l’humain. Reprenant une nouvelle perspective et changeant l’idée même de la ville Le Corbusier la décontextualisa. D’où le reproche dont il fut le sujet : celui d’un créateur avide autant de « vide » que de « spectacle ». Cette approche reste cependant visionnaire. Notre époque soumis à divers types de crises et de problèmes écologiques peut trouver dans le « brutalisme » bien des solutions.

Face aux errances de la « monumentalisation » Le Corbusier avançait vers de l’impensé de la société en sa recherche du « sens impossible » que ses murs, leurs formes, leur « lumière », leur structures offrirent dans des propositions qui tiennent encore de l’utopie. Son image-espace continue de travailler même si elle a été longtemps contestée. S’adressant à ceux qui sont assujettis dans la ville à « la condition fœtale » qu’évoque Ernesto Neto l’architecte suisse a donc proposé des fécondations. Reste à repenser le type d’interaction que son œuvre peut générer chez des architectes capables de rêver à leurs propres lieux en tirant toutes les leçons qu’ils trouvent dans le brutalisme.

L’exposition de Marseille donne la pluralité d’approches d’un artiste total : à côté de l’architecture, il y a la peinture, le dessin les émaux, la sculpture, etc.. Elle montre comment le brutalisme empêcha l’architecture comme l'art d’être comparés à des miroirs réfléchissants. Le Corbusier accorda à ceux-ci un sens bien différent : son seul miroir était celui qui permet de se traverser par les murs qu'il inventa et mit en jeu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

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