gruyeresuisse

09/10/2013

Une Genevoise en dessous (chics) de tout soupçon…

 

 

Buri 3.jpgDerrière un nom de plume ( Elodie Büri ) se dissimule une jeune suissesse d'une trentaine d'années. Elle vit à Genève et travaille pour l'un des leaders mondiaux de la réassurance. Elle a publié des nouvelles érotiques puis trois romans du même genre « Le chalet suisse », « L' étudiante étrangère », « La femme idéale ». L’écrivaine ne prétend en rien révolutionner la littérature. Elle l’effeuille en rose et avoue confondre son métier de conteuse érotique avec celui d'entremetteuse, bienveillante ou perverse. Ses livres peuvent (doivent ?) se lire d’une seule main. Elle est donc devenue - ce qui est loin de lui déplaire - une barbie-girl complaisamment dévergondée par procuration.

 

Ses héroïnes multiplient les services. A un de ses locataires une d’elles offre les plaisirs du voyeurisme le plus hard. Une stagiaire agenouillée devant un golden-boy se met en quête de promotion rapide. Un manager sacrifie aux  charmes encore opulents de sa vieille actionnaire majoritaire. Mais les miséreux du sexe ne sont pas oubliés. « La femme idéale » organise pour eux  une sarabande sexuelle inoubliable comme elle organise pour un couple d'inconnus, une étreinte violente aux accents de Wagner. Bref ses héroïnes sont des maquerelles de rêve, des ventriloques de l’amour, des marionnettes du plaisir qui, pour une fois, ne sont pas actionnées par un homme.

 

Buri.jpgElodie Büri a du talent mais manque d’ambition littéraire. D’où un certain gâchis. D’autant que chez elle, l’érotisme qui n’a rien d’intelligible ne renie pas l’intelligence. L’auteur s’en sert afin de farder des manques existentiels. Sachant parfaitement écrire elle peut (doit ?) passer du stade de l’écriture du divertissement à une véritable stratégie littéraire. Ses lecteurs ne trouveraient plus seulement en ses livres des aires de repos mais ce que Henric appel « des glaïeuls incendiaires ». Pour preuve : son dernier livre. Le style s’affine, le jeu devient plus intéressant. Le « vous » qu’elle adresse au lecteur crée une autre portance au simple jeu érotique. Sous couvert d’une marque syntaxique de respect envers ce lecteur, ce dernier se trouve investit du corps même de la narratrice  pour un ambigu jeu de rôle.

 

Elodie Bürri peut  donc dépasser les limites du genre et transgresser la pesanteur  des interdits qu’elle se contente jusque là de caresser. Telle une Pauline Réage il ne lui reste qu’à oser la pleine capacité de l’écriture. L’ordre de la fête érotique peut transcender la seule lecture et le seul regard voyeuristes. Marie-Madeleine littéraire elle a les moyens de se métamorphoser en une autre figure biblique :  la Suzanne du Livre de Daniel - topos dans la culture occidentale et qui se fait complice des désirs.  Dès lors les comédies érotiques d’Elodie Bürri tout en jouant sur le manque (base du genre)  oseront enfin  une autre nudité : celle de l’écriture. On l’attend autant dans l’alcôve narrative qu’au tournant de ses phrases.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Les deux 'anciens' sont là. Ce sont des rocs. Deux uniques. Seuls témoins de sa 'nudité'. De son aporie. Ils la guettent. Ils la savent. Femme sortie d'une fable. De leur proche lointain, ils la voient. Enlacer l'écorce des arbres. Ecorce de leurs peaux. Joakim, veut l'empêcher d'être elle-même. La veut soumise. Lentement. A travers les années, elle a appris la métamorphose. Qui est elle quant elle les cris. Ceux dont la rage du silence trace son histoire. Sur un lit de toile. Tant de fois en la voyant sans la voir. Tant de fois. Par elle. Par sa main. Chacun de leur côté. Ils l'avaient déjà fais. Ils l'appellent. L'interpellent. Par son nom choisi. Tant de fois. La main de leurs visages tremble. Il ne peut en être autrement, pensent t'ils. Le désir doigt. Veut s'écrire. Il semble se réanimer de leurs peaux inertes. Entremêler leurs mains. Pour l'heure ils la guettent encore. S'immergent dans l'eau de son bain comme un baptême. Ce n'est ni l'aube. Ni le soir. Elle est à sa pleine heure. Tant attendue. O crépuscule (déjà de sa vie..)

Écrit par : Suzanne peint. | 09/10/2013

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