gruyeresuisse

05/10/2013

Première rétrospective suisse de Pierrette Bloch

 

Bloch 2.jpgPierrette Bloch, «  L'intervalle », Musée Jenish, Vevey, du 15 novembre 2013 au 28 février 2014

« Pierrette Bloch », monographie, Coéditions JRP / Ringier, Zurich et musées Jenish, 2013.

 

 

 

Au moyen de matériaux pauvres (fusain et craie sur isorel par exemple) et par  formes simples, totalement abstraites et sans couleur (dessins, encres ou sculptures de crin), Pierrette Bloch crée une œuvre d’une grande cohérence. Dès ses débuts, l’artiste a joué sur des variations imperceptibles de tonalité, de rythmes minimalistes au sein d’une méditation en action  sur l’espace et le temps. Elle joue aussi sur le mouvement qui de manière ténue et habile déplace les points et les lignes. Tout se place donc sur le jeu antinomique de la liberté et de la rigueur, de la surface et de la profondeur.

 

 

 

PierreBloch1_1_01.jpgL’artiste donne à voir le dessin le plus simple dans l’espace. Elle tend parfois une ligne à quelques centimètres du mur dans un écart. Celui-ci  creuse  l’intervalle entre deux parallèles : sa tension horizontale reste le plus souvent mise en évidence. Toutefois la « ligne » tendue s’agrémente d’infimes arabesques, boules, mailles, nœuds qui tracent une sorte de langage abstrait et le plus invisible possible. Un tel tracé ne se prend pas pour  ersatz ou leurre d’écriture. Il se veut avant tout un état minimaliste des lieux de la représentation.

 

 

 

Dès lors Pierrette Bloch pourrait faire sienne la phrase de Beckett "Tout ce que j'ai pu savoir je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup mais ça me suffit et largement. Je dirais même que je me serais contenté de moins". Elle cherche donc une forme paradoxale de perfection afin de proposer des images qui foudroient tout clinquant. Elle se situe en-deçà ou au-delà des principes les plus habituels de l'Imaginaire. Un mince filet blanc sur le noir suffit à « désimager » le superflu. Rien ne se révèle sinon une absence, un inconnu, un inconnu à entendre au neutre, qui n'a donc strictement rien à voir avec un deus incognitus, avec la possibilité d'un Dieu même lointain.

 

 

 

Pierrette Bloch prouve qu’elle appartient à ces créateurs du déchirement qui portent le vide au milieu des choses. Elle tire du lieu où l'image s'efface un exhaussement comme si des profondeurs lointaines du je perdu, informulée, informulable naissait non un monde mais son vide qui se voit. Dans la blessure ouverte par l'impossibilité ou presque d'images l’Imaginaire  de  Pierrette Bloch ouvre donc une vision "en négatif" où dit-elle « j’ai cru trouvé un fil, j’ai trouvé des mémoires »  toujours riches en contradictions, capable de suggérer l'incertitude de l'être dans une immense nuit blanche où l’insomniaque rêveuse veille  et contemple le désastre lié à la disparition de l'image jusqu'à ce point extrême de visibilité. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

15:36 Publié dans France, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

La peinture est à la recherche de son lieu. Là où elle n'est jamais allée. Où la neige est encore vierge. Là où on ne l'a jamais vu. Il y a de l'autre coté du regard quelque chose de rempli qui le remplit. Il y a de l'autre coté ce qui est vu dans ce texte.J'aime cet oeil. Qui arrive à voir ce plein de modulations à la limite du 'verre entre le plein et le vide'.L'eau se boit ou autre chose :) mais l'eau on va dire pour la non couleur et se retire. L'air entre dans le verre. Mais le verre n'est pas vide. Parce que c'est un verre. Qui d'autre que l'auteur pour saisir cette approche. Pour donner à comprendre ce que le commun prend pour simplississime. Créer de l'espace. Epurer. De ce côté ci du négatif se laisse envahir par le manque. Son vertige.

Écrit par : musika | 05/10/2013

il faut oublier ce qui se fait. A quelle époque on est. Où on vit. Ce qui a le vent en poupe. Ou pas. Il faut oublier la société. Etre Marie Madeleine qui peint. Le corps plein de yeux en lignes. Qui grouillent sur sa seule peau. Quel regard qui n'est plus, pour voir ce qui est encore ? Quel regard qui est encore pour voir ce qui n'est pas pas, ce qui n'est pas encore? ce qui est vide pour la plupart. Deux ciels déchirés de lignes électriques. Ce n'est pas le vide. C'est le ciel. Auquel beaucoup croient encore.

Écrit par : musika | 05/10/2013

je préfère "là où on je l'a jamais vu. Et là où on ne la voit pas"

Écrit par : musika | 05/10/2013

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