gruyeresuisse

15/09/2013

Esther Fayant et les aubes épines

 

Fayant 4.jpgA travers ses photographies intimes agencées autour de portraits, de carnets de voyage et d’intérieurs la Genevoise Esther Fayant pose la question de ce qu’on voit et dans quel véritable « spectacle » cette vision s’inclut. De telles prises fascinent par leur mélancolie impalpable, leur humour discret et leur solitude extensive et lumineuse.  Entre - par exemple le des arpents de lumière où une nimbe de couleur pâle - la photographe construit un espace cage. Les barreaux en restent élastiques toutefois afin que celle qui est saisie puisse passer  à  travers. Chaque cliché reste donc béant et fermé. L'inclinaison du temps y demeure imperceptible. Mais la courbe d’un visage féminin dit combien la créatrice ne peut pas se permettre la moindre digression, le moindre geste fantôme. Créer revient à identifier par la prise plastique quelque chose de subtil qu’il ne convient pas de détruire mais  d’isoler, de retenir en une sorte  d’état pur entre un désir ou un sourire face à la capacité de destruction du quotidien.

 

 

 

Fayant 6.jpgApparaît peu à peu une ressemblance étrange qui rapproche de l’harmonie et d’une secrète parenté entre le rêve et le théâtre même du quotidien. La question de la photographie se rabat sur celle de la vie au moment où saisir  est livrer à la fascination méticuleuse du presque rien. Tout tient à ce défi et cette exigence. Reste un élan vers l'autre ou le monde. Il permet de  franchir un seuil : l’obscur se brise dans la débandade des horizons afin de montrer les confins où s’amorcent la fragilité. Demeurent la promesse de l’écorce rompue, l'odeur têtue de d'un parfum de femme. L'indicible est là. La photographie saisit par le revers ce qu’on oublie de regarder avec nos regards aux paupières de porcelaine ou d'éprouver avec notre sensibilité émoussée. Un temps s’y égare et sommeille. Esther Fayant y noue en  amoureuse des entrelacs, des enchâssements. Ils dialoguent en plan rapproché avec un visage ou une nature morte. Celle-ci redevient vivante et le premier retrouve sa jeunesse.

 

 L'artiste expose entre autres à la Galerie Ligne Treize de Carouge, Genève.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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