gruyeresuisse

12/09/2013

Les nudités christiques d'Olivier Christinat

OLIVIER.jpgAnnulant l’effet fantasmatique de la nudité, le photographe de Lausanne Olivier Christinat le remplace par un mouvement fantasmagorique qui ramène à des images primitives, sourdes, bibliques. L'apparent questionnement sur la sexualité passe à celui sur la condition humaine en un cérémonial minimaliste parfois délétère et souvent empreint de gravité « cultuelle ». La soie de la nudité n'aspire pas aux brillants essors d'espoirs adolescents. Les seins, les sexes révélés rappellent parfois un visage voué à l’exigeante virginité des moniales ou  à l’effroyable humilité des filles qu'on dit déshonorées. L'intimité ne se remodèle pas selon la simple « nature » : elle s’enrichit  d'une fouille archéologique symbolique, brutale. Plus question - dans les tréfonds obscurs de l'image - de chercher une femme rêvée.

 

 Dans une société avide toujours de cloisonnements et de pérennité Olivier Christinat  présente un travail de sape salutaire pour la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour d’elle. Contraint à la nudité le corps crée autour de lui un paradoxal vide efflorescent qui le prolonge et l’isole. Le doute se mue en certitude,  thanatos en éros - et vice-versa. La nudité n'est plus un trophée lumineux elle est chargée sinon de honte du moins de douleur retenue. En ce sens l'artiste lausannois rejoint une vision religieuse de l'image. La femme nue n'est en rien veuve joyeuse libérée de ses vêtements et des imbroglios de leur passementerie perverse. Elle prend - angélique et démunie- les traits enfantins d’un archétype sacré.

 

Cette nudité fait donc barrage à l'eau bouillonnante des désirs. Elle ne se veut pas méduse mais ascèse au sein des grammaires élémentaires d'Olivier Christinat.  Le réel n’est pas parti - du moins pas trop loin, pas en totalité mais il est transfiguré par l'image la plus simple qui n'est jamais une simple image. La solitude est là : « C’est là que j’ai vécu et que le vis encore» écrivait à son sujet Duras. Et l'artiste le montre. Ses photographies sont des romans. Des nouvelles. Un cinéma (presque) muet. Mais ses images parlent. Ce sont des réponses "militantes" à la frime de l'érotisme banalisé. L'artiste  réapprend à ouvrir les yeux dans l’épure et l’absence d’éléments diégétique là où l’être assis, couché, debout, de face ou de dos est perdue dans le temps pour atteindre un « temps pur » et comme sauvé des eaux. Un temps des premiers êtres.

 

christinat 3.jpgLe cliché à ce stade n'est pas un luxe, il est épreuve. La nudité parle soudain une langue étrangère aux médias mais propre au commun des mortels. Les photographies ne sont pas nues, elles sont dépouillées. Sans dehors, ni  dedans, leur folie christique et critique perdure. C’est une folie pure. Et un appel aussi.  L'appel du vide. Pas n'importe lequel : le  vide à combler. Mais pas selon les règles fallacieuses d'un trop simple désir. La photographie la manifestation de la lucidité et la source de la résistance à l’image instrumentalisée. Elle permet de faire glisser de l'ombre des alcôves à la lumière existentielle entre métaphorisation et littéralité.

 

 

N.B. Se reporter au site de l'artiste - rubrique "photographies" - pour avoir une idée plus exhaustive de son oeuvre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

09:26 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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