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30/08/2013

Georges Glatz : éloge de la vie - entretien avec l'artiste

 

 

 

glatz 2.jpgActuellement les photos de nus  de G.  Glatz sont exposées à Lausanne à la galerie de Grancy et  à "Encheresdogny.ch".

 

 

 

 

 

 

 

GEORGES GLATZ


Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le plaisir d'être vivant.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Certains ont été réalisés, comme celui d'être journaliste,

A quoi avez-vous renoncé ? Le plaisir d'une cigarette mais c'est pas toujours le cas

D’où venez-vous ? D'une famille extraordinaire, formidable,

Qu'avez-vous reçu en dot ?  Une grande sensibilité

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Du temps que j'ai pu donner à d'autres

Un petit plaisir - quotidien ou non ?  Le premier café du matin.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?  Rien et tout, tous les êtres sont différents

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpela ? La beauté de la femme

Où travaillez-vous et comment ?  Partout où je me sens bien

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? Classique et variété, et notamment des chants liturgiques russes ou grégoriens

Glatz.jpgQuel est le livre que vous aimez relire ? Toute l'œuvre de Baudelaire

Quel film vous fait pleurer ? Pleurer de rire,… la grande vadrouille avec Bourvil et De Funes

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Un homme que j'aime bien

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Personne

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Rome, Venise, Prague, Hanoi

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Brel, Modigliani, Dostoïevski

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? La famille et des amis

Que défendez-vous ? La justice. Pendant longtemps j'ai défendu les enfants victimes de maltraitance.

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? C'est une vision très pessimiste

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Cela dépend à qui ça s'adresse. Je préfère cette phrase d'un ami qui dit : ce sont les enfants qui tiennent le gouvernail du monde. Et j'ajoute "Si seulement cela était vrai"

 

 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, Aout 2013.

17:20 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2013

Tinguely le ferrailleur mystique

 

Tingueli.jpgWerner Gadliger "Im atelier und unterwegs Jean Tinguely : Küntslerporträts", Editions Benteli, Berne, 2013.

"Tinguely @ Tinguely, un nouveau regard sur l'oeuvre de Jean Tinguely", musée Tingueli, Bâle, 7 novembre 2012 au  30 sptembre 2013.

 

 Tinguely est célèbre pour ses machines, ses salopettes bleues, ses gros sourcils, sa moustache et son  image d’ours qu’il donnait à la fin de sa vie. Provocateur, il fut avant tout un grand penseur de la modernité et aimait sauter du coq à l’âne. Celui qui entretenait un rapport particulier avec les femmes (il en eut quatre dont Nicki de Saint Phalle ainsi que de nombreuses maîtresses, chacune jouissant d’une liberté totale ) était lui-même un être libre qui cherchait la réconciliation avec tout le monde et a passé sa vie à parler de joie. Pour le suggérer plastiquement il a utilisé différents stimuli optiques et même sonores afin de créer une dialectique entre la figuration et l’abstraction,  l’histoire et le mythe, l’hier et l’aujourd’hui, l’identifiable et le nonsensique au cœur de ses construction aux machineries secrètes.

 

Au sein de filiations et de ruptures, à partir d’objets modestes ce travail dans sa diversité reste d’une grande cohérence. Tout bascule du familier vers l’énigme par décalages et associations graves ou joyeuses, ironiques et poétiques. Les rapports à la nature y sont transformés  par une culture dans laquelle la persistance de la spiritualité survit au sein d’un matérialisme qui le détruit. Entre perfection et  insignifiance volontaire les créations de Tinguely s’allègent d’une noirceur aussi hermétique et originelle que relative au temps présent. Chaque projet n’est pas la suite du modèle antécédent. Aucune « machine » n’est donc jamais « première » : elle-même est autre, réplique d’une précédente dont elle tire sa substance et sa mémoire. Elle semble ni composée ni décomposable mais toujours résolument poétique.

 

L’artiste fait le ménage, trie, casse, met aux rencards les apparences pour toucher à sinon une transparence du moins une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. La brutalité et la nudité  de ses œuvres sont donc indispensables. Leur créateur ne veut pas faire triompher « l’idée » mais l’image. Pour  réponse à tous les académismes, à tous les modernismes Tinguely multiplie des amalgames de matières et de techniques afin de créer ses machines aussi étranges que désirantes. Contemporaines des dégâts inhérents à l’ère postmoderne et mondialisée elles deviennent l’opposition spectaculaire à toutes les standardisations non seulement des produits mais d’une pensée et d’un affect fabriqués en série.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2013

Claire Guanella : le renouveau de la peinture florale

 

 

Guanella C 1.jpgExpositions permanentes : Galerie de Grancy, Lausanne, Galerie Fuer Gegenwart, Bonstetten, Artboomers, Genève, Galerie Marianne Brand, Carouge.

 

Chaque « bouquet » de Claire Guanella est construit sur l’ordre et le désordre qu’il sous-tend ainsi que le type de réalité qu’il dévoile. L’artiste interroge le pouvoir et les limites du genre floral dans la mesure où  le sujet en est l’exécution, selon les termes d’un contrat : la représentation réaliste ne se veut pas littéralement une « reproduction » mais une scénographie.  La Genevoise met l’accent sur le hiatus qui existe entre un faiseur ( et son incapacité à saisir la réalité puisqu’il retourne la passion du réel en passion des semblants) et la « vraie » peintre celui qui, en développant un langage propre, donne au paysage florale sa vraie nature.

 

Généralement le genre est considéré comme un sujet délicieux et purement décoratif. Il ne peut-être sujet de connaissance. Claire Guanella prouve cependant qu’une telle peinture possède un corps. Se concentrant sur cette seule thématique et technique au sein de ses séries, la corporéité des fleurs comme leur choséité picturale ne cesse d’évoluer. Choisir les fleurs ce n’est pas forcément choisir l’acmé du monde végétal mais saisir sa fragilité qui devient dans les toiles pratiquement en noir et blanc (avec juste quelques rehauts de couleur)  de l’artiste jusqu’à atteindre une métaphysique de l’éphémère.

 

 

Claire Guanella ne cherche pas à « représenter », à « reproduire » objectivement  ce qui est mais à le « re-présenter ». Les codes figuratifs ne sont qu’en apparence invisibles, l’idée qu’ils sont « naturels » n’est qu’impressive. Le réalisme apparent n’est plus le simple instrument d’un établi qui se fait passer pour naturel.  L’artiste ne cesse de repousser les limites de la représentation réaliste. Son art pose la problématique de la représentation, mais exprime la dimension heureuse du monde par laquelle se pose la question du regard. Celui-ci en effet n’existe pas en soi : tout regard est regard "sur" et la plasticienne le prouve.

 

Guanelle C 3.jpgElle ne propose pas une vision objective. Une telle position relèverait de la croyance en un Signifié transcendant (réalité et vérité données) qui serait stable et accessible. Pour contrer un  tel mythe la fonction imaginaire - et non seulement documentaire - reste donc essentielle dans le travail de Claire Guanella. Elle démontre poétiquement que l’art floral est une représentation, un système de codes. Implicitement elle tourne en dérision l’artiste qui s’évertue par son art à copier la réalité mais demeure inapte à la saisir.

 

Une telle approche est extrêmement réflexive et à l’opposé du réalisme dont les codes se prétendent transparents. L’artiste impose les siens donc son interprétation si bien que chaque bouquet regarde le spectateur le regarder.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)