gruyeresuisse

29/08/2013

Tinguely le ferrailleur mystique

 

Tingueli.jpgWerner Gadliger "Im atelier und unterwegs Jean Tinguely : Küntslerporträts", Editions Benteli, Berne, 2013.

"Tinguely @ Tinguely, un nouveau regard sur l'oeuvre de Jean Tinguely", musée Tingueli, Bâle, 7 novembre 2012 au  30 sptembre 2013.

 

 Tinguely est célèbre pour ses machines, ses salopettes bleues, ses gros sourcils, sa moustache et son  image d’ours qu’il donnait à la fin de sa vie. Provocateur, il fut avant tout un grand penseur de la modernité et aimait sauter du coq à l’âne. Celui qui entretenait un rapport particulier avec les femmes (il en eut quatre dont Nicki de Saint Phalle ainsi que de nombreuses maîtresses, chacune jouissant d’une liberté totale ) était lui-même un être libre qui cherchait la réconciliation avec tout le monde et a passé sa vie à parler de joie. Pour le suggérer plastiquement il a utilisé différents stimuli optiques et même sonores afin de créer une dialectique entre la figuration et l’abstraction,  l’histoire et le mythe, l’hier et l’aujourd’hui, l’identifiable et le nonsensique au cœur de ses construction aux machineries secrètes.

 

Au sein de filiations et de ruptures, à partir d’objets modestes ce travail dans sa diversité reste d’une grande cohérence. Tout bascule du familier vers l’énigme par décalages et associations graves ou joyeuses, ironiques et poétiques. Les rapports à la nature y sont transformés  par une culture dans laquelle la persistance de la spiritualité survit au sein d’un matérialisme qui le détruit. Entre perfection et  insignifiance volontaire les créations de Tinguely s’allègent d’une noirceur aussi hermétique et originelle que relative au temps présent. Chaque projet n’est pas la suite du modèle antécédent. Aucune « machine » n’est donc jamais « première » : elle-même est autre, réplique d’une précédente dont elle tire sa substance et sa mémoire. Elle semble ni composée ni décomposable mais toujours résolument poétique.

 

L’artiste fait le ménage, trie, casse, met aux rencards les apparences pour toucher à sinon une transparence du moins une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. La brutalité et la nudité  de ses œuvres sont donc indispensables. Leur créateur ne veut pas faire triompher « l’idée » mais l’image. Pour  réponse à tous les académismes, à tous les modernismes Tinguely multiplie des amalgames de matières et de techniques afin de créer ses machines aussi étranges que désirantes. Contemporaines des dégâts inhérents à l’ère postmoderne et mondialisée elles deviennent l’opposition spectaculaire à toutes les standardisations non seulement des produits mais d’une pensée et d’un affect fabriqués en série.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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