gruyeresuisse

22/08/2013

Georges Glatz et les voiles de la nudité

 

Glatz 3.jpgLes œuvres de Georges Glatz sont visibles entre autres à la Galerie De Grancy à Lausanne.

 

Une tradition assure que la photo de nu est un dévoilement. Mais ce n'est là qu'une variété de l'illusion, de la prestidigitation. Georges Glatz le sait : c’est pourquoi il double souvent le voile de la nudité d’autres voiles transparents pour suggérer la complexité de ce que le regard croit voir. Il met l’accent sur le  profit bien mince et puéril de la mise à nu. La " chose " ne gît pas sous le voile ; ni la femme sous sa nubilité. La nudité révèle toujours d'autres plis et replis : elle se déshabille infiniment. A l'inverse, les voiles dont le photographe recouvre ses modèles ne cachent plus leur peau, il montre ses « coutures ».

 

Pour autant ces voiles ne sont en rien des linceuls. Pas même ceux de l'agonie d’une petite mort. Dans le jeu du noir et blanc le corps se marbre au sein d’une beauté froide car à la fois offerte et retirée. Le film entre la peau et la voile reçoit ainsi l'échange de l'ordre de l'écharpe plus que de l'escarpement. Il donne les traces d’un corps autre et devient cosmétique : il orne et ordonne, cache et dévoile. Il désigne l'arrangement d’une harmonie distanciée qui se moque des lois du visible et de la convenance.

 

Glatz.jpgL'ordre d’un tel voile est celui d'une " variété " du monde féminin.  Tout se montre dans des effets trompeurs et superbes. Photographie, voile, peau sont de même nature là où Glatz moins que recouvrir ou dévoiler crée des chevauchements d’images afin de troubler le regard. Surgissent ou résistent des recoins, des replis, des zones instables, des régions denses, compactes, d'autres plus fines. Ce sont parfois ses zones noires, parfois des zones blanches. Elles explosent, fusent ou fuient.  Si bien que chaque photographie se feuillette comme se feuillette comme un livre.

 

Glatz 2.jpgContre le bâti classique de la photographie de nu, le Lausannois crée une dérive presque métaphysique. A la fois par le choix du noir et du blanc et dans la mesure où le corps est saisi le plus souvent par fragments. Il devient un patchwork, un manteau d'Arlequin (couleurs en moins). Certes par le local et la proximité la photographie suppose le global, le lointain. Se connectent par ce biais  l’éloignement et la proximité, le visible et l'invisible, le su et l'insu, le tabou et sa transgression. Le nu se met à foisonner par ce qui le nie et l'oblitère. La boulimie du regard passe donc par l'anorexie visuelle programmée. Le monde se perçoit comme entouré : on voit donc moins. Mais sans doute mieux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

15:02 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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