gruyeresuisse

05/08/2013

Elise Gagnebin-de Bons : contre toute attente.

 

gagnebin 3.jpgElise Gagnebin-de Bons, « Ocult O Pres », Davel 14, Cully, 2013

Marco Constantini, « Elise Gagnebin-de Bons », coll. Cahiers d’artistes, Pro Helvetia et Editions Préférita, Lausanne et Lucerne.

 

Les dessins, les collages dans leur simplicité et leur capacité critique possèdent une fore mystérieuse paradoxale. L’univers rock-metal, la marginalité, une forme de pensée révolutionnaire plus sous-jacente qu’affichée détruisent les codes ou leur octroient par les décalages un côté fantastiques. « Smoked » (pyramide de bois ou trône un œil vide), comme les étoffes triangulaires de « Ironhead » ou  les portraits presque mais faussement enfantins ouvrent le monde à une interrogation. L’artiste n’y délivre pas de message. Pourtant tout est là.

 

Elise Gagnebin-de Bon prouve sa capacité à la transgression et à l’humour jamais basique. Cela permet d’instruire des rapports ambigus entre l’homme  et le monde. Tout ce qui est à la base de ses assemblages, tous ses textes doivent autant être pris dans une littéralité que dans leur sens poétique. La condensation linguistique rapproche l’œuvre des théories de Saussure et d’un nouvel arte povvera. L’artiste avance d’éléments en éléments, de figures en figures en ajourant de plus en plus le « disque » de la visibilité.

 

L’objectif reste constant. Il oscille entre un mouvement de diffusion et d’absorption. Elise Gagnebin-de Bons s’éloigne des vulgates esthétiques ou idéologiques en choisissant des chemins de traverse. Ils créent par recomposition de l'espace et  arrêt du temps leur mise en mouvement. S’affirment sans cesse une différence, une altérité au sein de différents type de dialectiques.

 

Nous sommes soudains  dans la faille du temps, dans sa brèche. L'artiste tente de faire barrage, de remonter vers une forme d'innocence hors normativité. Elle fait passer de l'eau dormante à l'eau bouillonnante en appelant  non à l’abîme mais au vide à combler. La blancheur supposée de l'innocence est forcément noire. Ou plutôt noire sur blanc et dans une grammaire élémentaire. Un réel qu'on cache revient. Pas en totalité, certes, mais il est moins éloigné. C'est là que nous vivons. Que nous avons vécu.

 

Gagnebin 2.jpgPeu à peu les corps reviennent à eux. Il faut réapprendre à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. Le temps passe par des philtres mystérieux. Ils unissent et séparent. Ils s'élèvent contre la réceptivité organisée et l’hospitalité sociale. Ils sont les fausses notes qui viennent perturber le chœur antique de l’ordre. La chair s'y manifeste. Elle  tente de sortir du jeu d’inhibition psychique et de la stupeur sexuelle organisée.  C’est un luxe que la société ne peut s’offrir. Mais qu'Elise Gagnebin-de Bons offre. D'un côté la création, l'émerveillement. De l'autre la destruction de l'Histoire. L'évanouissement, l'extinction mais tout autant une mystérieuse griserie de ce qui reste. Bref la confrontation du chaos de  l'ordre au désordre du cosmos. Nous sommes là, nous sommes ça. Reste le porte-empreinte des images. Celles-ci circulent comme autant de fantômes. Comme autant de fantasmes non rachetés. Elles sont le dernier état du rêve, son frémissement ou sa fixité noire. Sorcellerie et absence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

08:06 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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