gruyeresuisse

03/08/2013

D’ombre et de lumière : les architectures d’Ursula Mumenthaler

 

 

MUMENthaler 2.jpgL’œuvre de la Genevoise Ursula Mumenthaler est un immense théâtre architectural. Mais  un théâtre dont les ombres que sont les êtres ont disparus. Celles qui demeurent n’en sont que plus pérennes. Elles restent d’ailleurs toujours sur nos talons mais subsistent même lorsque nous disparaissons. C’est ce paraître en notre absence que la « scénographe » rappelle à travers photographies, maquettes et installations aussi violentes que poétiques, aussi en ruines qu’en exhalaison.

Créatrice des ombres l’artiste témoigne de leur lumière, de leur diaphanéité. De leur état de matière et de néant. Ses œuvres surgissent en actrices des violences ou des intimités de l’urbain, du spectre de ses ossements. De telles images font à la fois ce que les cités ne montrent pas et ce que les murs disent lorsqu’ils sont réduits à l’état de ruine prochaine. L'artiste les sonde afin de signifier paradoxalement  le rapport de l'être à son image et à ses lieux.

Ursula Mumenthaler le précipite  dans des abîmes de destructions afin que le perçu de soi soit soustrait à toute perception anthropologique. Les seuls silhouettes sont des restes. Ils renforcent le chaos, ouvrent le désordre dans l’ordre du cosmos. Les œuvres n'ouvrent donc pas un monde ; elles ont  partie liées avec le néant, l’absence.

 

MUMENthaler.jpgElles retournent à un état voisin des "dissolving views" de la préhistoire du cinéma. L'objectif paraît évident : voir ce n'est plus percevoir mais "perdre voir". Et l'artiste le fait sentir et comprendre à travers son voyage d’entre les murs. Elle  pousse toujours plus loin le risque au centre de l'Imaginaire  comme si l’image apparaissait tel un voile qu'il faut déchirer afin d'atteindre les choses (ou le néant) qui se trouvent au-delà.

 

 

Pour cette "défiguration"  l’artiste invente un monde en creux ou en ruine. Vidées de toute chair, les lieux sont volontairement désenchantés. N'en sort que le silence - assourdissant - pour un dernier chant. L'image en sa musique du silence devient le dernier recours pour atteindre une vision plus juste dans l'apparition d'une lumière et d’une présence inconnues au moment de l'absolu dénuement.

 

D’où l’agglomérat d’images naïves et sourdes. Elles n'ajoutent rien, n'élargissent rien. Elles  renvoient  à l'affolement dont elles sortent, comme le cri absurde à la douleur et à la joie. Ursula Mumenthaler déconstruit les grandes illusions et constructions humaines en donnant à voir les volumes, les matières par des masses comme par des étendues neigeuses où tout se contracte, se dilate, se dilue. Naissent des couleurs, des reliefs, des artifices lumineux où les ombres sont une partie nécessaire de la représentation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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