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15/07/2013

Renée Levi : espèces d'espace, espaces de l'espèce

  

levi 1.jpgRenée Levi ne cesse de modifier la perception de l’environnement dans lequel elle intervient en jouant sur les matériaux choisis, leur couleur, leur inscription dans un lieu : des rideaux sont tirés à tous les étages d‘une façade, des rouleaux de papier Kraft sont peints et disposés à même le mur. Surgit une « transparence » par les matériaux eux-mêmes. Rien n’est dissimulé : au spectateur de reconstituer le processus de création. D’autant que des parties des supports peuvent s’intervertir afin que par la peinture murale le spectateur soit soumis à une nouvelle expérience perceptive.

 

Il existe donc toujours dans l’œuvre un rapport entre l’autonomie de l’œuvre et son site. Elle est plus évidente dans les installations de Renée Levi mais  elle est présente dans ses peintures et œuvres graphiques. Preuve que l’artiste refuse la fétichisation accordée généralement à l’œuvre d’art. Par exemple ses plaques peuvent qui peuvent être permutées et ses « sprayages » sont déterminés par le geste qui tient d’une forme de néo dripping. La spatialisation de la couleur y est par ailleurs essentielle. Mais l’artiste travaille aussi et par ce biais  à déconstruire la composition.

 

Pour un tel travail plastique Renée Levi descend sans pensées ni idées au plus profond de sa demeure de l’être. Personne n’est à l’extérieur d’elle-même. Elle creuse jusque là où les figures font défaut.  L’urgence est de trouver des rites de passage. L’artiste suisse va de la sorte vers l’image la plus nue. La vue est comme renversée dans ce théâtre de cette traversée au sein de graphisme autophage.

 

A la recherche de la simplicité Renée Levi baratte et articule le plein et le vide dans un rêve sans fin. Elle ne  montre pas ce qu’elle voit mais ce qui nous regarde. L’artiste  résiste à ce qu’un certain cerveau  en elle  veut ramener à l’intelligible. Son art  s’oppose à l’intelligible. Il cultive une « cure d’idiotie » (Novarina) qui paradoxalement demande en amont bien des connaissances et une ascèse. Quand la peinture en spray ou non coule  et s’épanche sur les surfaces Renée Levi ne peut totalement le guider. S’inscrit pourtant tout ce qui tremble en elle et le vertige. Celui de la mécanique du vivant. Du vivant des abysses.

 

Le spectateur s’envole dans leurs labyrinthes et leurs marées montantes. Parfois son être se noie là où la  trace vit son propre trajet.  L’extérieur est à l’intérieur. L’intérieur est à l’extérieur entre enfoncement et résurrection des surfaces. L’image achevée reste  mobile, immobile, immobile, mobile. Enroulée elle se déroule. Déroulée elle s’enroule.  Soudain un espace laissé vacant fait d’un creux une baie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11:10 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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