gruyeresuisse

06/07/2013

Zilla Leutenegger ou la maison de l'être

 

 

Zilla Leutenegger, La Passerelle (Brest) du 15 mais au 16 juillet 2013.

 

 

Leuntenegger 2.jpgIl existe dans les dessins de la Zurichoise Zilla Leutenegger l’espoir de la fugue et celui d’un désir particulier. L’espace est son point de départ. L’artiste s’y livre des exercices d’apparition selon divers types de thématiques du lien entre la réalité et l’imaginaire. Saisissant des temps du quotidien mobile comme des situations d’absence, de présence ou d’attente l’artiste les traduit plastiquement en particulier dans un travail de déconstruction du dessin comme dans ses photographies. En celles-ci ces thèmes se mêlent comme par exemple dans la prise où une femme enceinte touche le ventre d’une autre femme. Les deux sont décadrées afin de sortir du psychologisme et de ne suggèrer que des sentilents d'envie ou d'espoir et peut-être de manque...

 

De 2004 à 2006 avec ″Corridor″, ″Office″, ″Living Room″, ″Bedroom″, ″Kitchen″ et ″Bathroom″ l’artiste a créé un appartement où sont  remodelées les situations de tous les jours sans ignorer les aspects les plus intimes. Ses dessins muraux définissent des objets de l’habitation : lit, bibliothèque, ustensiles de cuisines. Etendus dans l’espace ils deviennent des œuvres en 3 D. : escalier, armoire par exemple. Par ailleurs ils sont animés par des vidéos : on y voit une personne entrain de lire dans son lit. Mais les vidéos proposent aussi l’éclairage d’une lampe, le feu dans une cheminée. Enfin l’artiste introduit aussi de véritables objets. D’où l’impression de visiter un véritable appartement.

 

Ces objets renforcent par leur nature même la tri dimensionnalité des pièces dans un lieu où le visiteur a envie de circuler. Les corps s’y appellent sans nom dans l’incarnation d’un espace aussi anonyme qu’intimiste. La sensation est double : le spectateur s’y sent voyeur mais aussi en interrogation par rapport à la signification d’une telle intrusion qui le ramène à sa propre « maison de l’être » (Bachelard).

 

Leutenegger 3.jpgAppartement et  habitants (supposés) se donnent donc au regard du spectateur. Lui-même se trouve à l’intérieur de cet espace. La maison est elle aussi à l’intérieur de l’espace. Mais la présence des dessins  prouve que cet intérieur est "joué". Il s’agit d’une fiction. L’objectif est donc de s’accrocher aux divers éléments du « décor » graphité ou non. Il y a donc  là une inscription particulière du réel. Surgit une  étendue continentale de la fiction.

 

Quelqu’un « parle » dans cet espace hybride. Quelqu’un ni dedans, ni dehors, ni même en travers mais entre l’artiste et elle-même. Entre l’artiste et le monde. Entre elle et les spectateurs rendus perplexes par ce « piège ». Zilla Leutenegger impose donc un paradoxal chemin de lumière ou plutôt un labyrinthe optique des plus fascinants. L’artiste propose paradoxalement l’image la plus nue. Est inversée la vue dans ce théâtre de la traversée de l’anonyme. De la sorte l’artiste montre pas ce qu’on voit mais ce qui - paradoxalement en ne nous regardant pas - ne regarde que nous.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:09 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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